Geckologis, c’est le nom qui a été donné à la SAS coopérative d’habitant·es qui porte notre projet d’habitat participatif. Né du désir de jouer avec les mots logis et écologie, le gecko nous a rassemblé·es. Présent dans de nombreux pays, il est parfois considéré comme protecteur et porte-bonheur du foyer et de l’habitat. Ses couleurs s’harmonisent à son environnement, il se nourrit « utile », a la capacité de réguler sa température corporelle en fonction des conditions extérieures et de ses besoins. Symboliquement, il transmet un message de transformation, de mutation, il incite à faire le lien avec congruence et sagesse, entre nos valeurs et les actes que nous posons.
Plus concrètement, Geckologis c’est un habitat participatif qui rassemble dix-neuf personnes autour d’une aspiration commune à vivre dans un espace de vie plus solidaire, écologique et autogéré.
Il se situe au sein de l’écoquartier du Vedel Haut, dans le village de Sanilhac-Sagriès dans le Gard et comprend onze logis répartis en trois bâtiments sur un terrain de 4300 m². Chacun·e dispose de son propre espace de vie, en plus d’espaces partagés que sont la Kasanou, une maison commune ouverte au public, trois chambres d’ami·es, deux buanderies, un local à vélos et un atelier de bricolage.
Des travaux 2 fois plus économes en CO2
Un petit groupe de personnes se réunit en 2013 autour d’une bâtisse à restaurer et d’un terrain à construire pour lancer cet audacieux projet. C’est dans le Piémont Cévenol que démarre l’aventure, avortée quelques années après. En 2017, une opportunité ouvre une nouvelle voie dans le premier écoquartier en cours de constitution dans le Gard. Ici, pas de bâtiment ancien à retaper mais un terrain de garrigue où chênes verts côtoient cades et chênes kermès. Un bel écrin de nature qui s’apprête, en 2018, à être en partie détruit pour y construire des abris pour humains en quête d’un vivre autrement. Lorsque les premiers travaux de terrassement ont lieu à coups de brise-roche, c’est un peu la boule au ventre que nous assistons à une certaine disparition du vivant. Les oreilles de nos futur·es voisin·es nous en tiendront peut-être encore longtemps rigueur.
Dès les prémisses du projet architectural, nous avons réfléchi à limiter notre impact environnemental au maximum. Par une limitation de notre emprise au sol d’abord. Pas question de multiplier les maisons individuelles et de construire des énormes villas. Trois bandes de logements mitoyens, allant de 50 à 85 mètres carré pour les plus grands, limitant ainsi la surface occupée. La quasi-totalité des grands arbres présents sur le terrain a été sauvegardée, régulièrement protégés pour éviter que les engins de chantier ne les abîment. Notons aussi, dans ce contexte de bétonisation galopant défiant toute logique et urgence écologique, que le terrain occupé ne relève aucunement de terres agricoles qui auraient pu être nourricières. La conception architecturale et environnementale, confiée à l’architecte poète Yves Perret, s’appuie largement sur les principes du développement durable, de par l’utilisation de ressources locales et biosourcées, la construction de bâtiments passifs, la récupération des eaux de pluie, la végétalisation des toits ou encore l’implantation de panneaux solaires thermiques et de panneaux photovoltaïques.
Un bilan carbone très détaillé et approfondi du projet est prévu, prenant bien sûr en compte toute l’énergie consommée pour la construction. D’ores et déjà, nous savons que l’impact carbone des bâtiments que nous construisons est 55% inférieur à celui d’un bâtiment classique. Alors bien sûr, nous aurions pu laisser cet espace en friche aux insectes, oiseaux et voisins en promenade. Osons faire le pari d’y réintroduire une biodiversité végétale et animale dont nous faisons, nous aussi, partie.
Envie de biodiversité humaine
Au sein même du collectif Geckologis, la volonté de constituer un groupe intergénérationnel de personnes faisait partie intégrante du projet. Sur les onze foyers, sept sont habités par des personnes « retraitées » et très actives et quatre par des personnes « actives » en famille, dessinant une échelle d’âge de 2 à 82 ans. Si l’intergénérationnel est de mise, nous ne pouvons pas vraiment en dire autant de la diversité socioculturelle du groupe. Nous aspirons pourtant à un entre-nous bigarré plutôt qu’à un entre-soi.
La Kasanou et son cône élancé vers le ciel nous permettra nous l’espérons d’ouvrir les portes vers l’extérieur, de partager nos aspirations, d’accueillir le débat. Homologué établissement recevant du public (ERP), la Kasanou est une maison de 110 m², équipée d’une cuisine collective et d’un atelier de bricolage. Lieu partagé du groupe de co-habitant·es, elle sera aussi celui d’activités proposées aux habitant·es de l’écoquartier, du village et plus généralement de l’Uzège (ciné-débats, activités bien-être, cantine, résidence d’artistes, événements culturels, etc.). Le projet associatif reste à définir, une fois que nous serons toutes et tous bien installé·es dans nos logis !
Le soutien de la Coopérative Oasis
De plusieurs manières et depuis le début de l’aventure, la Coopérative Oasis nous soutient dans notre démarche. Nous avons tout d’abord bénéficié de la mise à disposition d’outils de communication du Mouvement des Colibris, de formations ( MOOC « concevoir une oasis » en 2016 notamment).
Nous nous faisons également accompagner sur la dimension humaine du projet. Il va sans dire que prendre des décisions à 14 adultes, certes réuni·es autour de valeurs communes mais pour autant pas moins différent·es et pas nécessairement d’accord sur tout (et heureusement !), n’est pas toujours une mince affaire. Nous fonctionnons selon les principes de la gouvernance partagée et prenons nos décisions au consentement de chacun·e. Aussi, nous faisons parfois intervenir Daphné Vialan, spécialiste du vivre-ensemble, de la gouvernance et des relations humaines, membre de l’équipe d’accompagnement de la Coopérative Oasis au cours de nos réunions en plénière. Sa présence et son intervention permettent au groupe de se reposer, de temps en temps, sur une personne extérieure pour nous aider à avancer dans des situations de conflit, de sujets épineux, d’analyse de la pratique ou tout simplement de vivre-ensemble. Enfin, la Coopérative Oasis nous octroie une avance de trésorerie d’un montant de 300 000 € pour nous aider à avancer les frais nécessaires à la construction et à l’achat de certains équipements avant le versement des subventions attendues. Autant de soutiens précieux à la réussite et à la mise en œuvre concrète de notre projet.

Emménager, enfin !
En ce mois de juillet 2022 naissant et brûlant, l’excitation monte parmi nous, futur·es habitant·es. Il y a celles et ceux qui ont hâte, celles et ceux qui appréhendent le changement, le basculement, l’inconnu. D’autres qui ont déjà quitté la ville et leurs activités professionnelles pour faire le saut, celleux qui doivent encore le faire. Il y a celles et ceux qui ont tellement œuvré, depuis presque dix ans à ce que ce projet de coopérative d’habitants, ces logis voient le jour et qui ont su rassembler autour d’elles et eux un groupe de personnes au tronc commun et au feuillage panaché. Quel avènement ! En septembre 2022, nous aurons commencé à nous installer dans nos logis grâce à l’engagement et à l’implication de personnes déterminé·es, à des collectivités territoriales engagées dans la transition écologique, à des partenaires financiers et/ou citoyens, à un architecte zélé et à toute une équipe de maîtrise d’œuvre et d’ouvriers qui mettent la main à la pâte.
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