Autour de cette ancienne ferme traditionnelle jurassienne à La Chapelle-sur-Furieuse, un collectif s’est mobilisé pour faire revivre la ferme et apprendre à tisser des liens entre vie paysanne, habitat participatif auto-géré et lieu créatif et artistique. En 2016, le MOOC « Créer une oasis » sert de premier liant entre les 10 co-fondateurs. Sept ans plus tard, Chenèvre est le 50ème lieu financé par la Coopérative Oasis, pour accompagner la rénovation de deux bâtiments historiques et le passage de la structure propriétaire en coopérative.
Petite histoire et grande histoire paysanne et coopérative
L’histoire de la ferme de Chenèvre remonte au XVe siècle, si l’on en croit le bois de charpente dans la grange. Au XVIIIe siècle, elle apparaît sur la carte de Cassini, le long du chemin reliant la grande saline de Salins et les salines royales d’Arc-et-Senans. Vers 1910, c’est une ferme en polyculture-élevage et vin, avec une trentaine d’habitants, comme en témoignent les cartes postales de l’époque.
A partir de 1960, la ferme entre en sommeil, la famille propriétaire préservant les toitures et autant que possible l’intégrité des terres.
Quand le site de Chenèvre est mis en vente par la SAFER, Manon, en lien avec son installation en maraîchage bio avec des chevaux comtois, lance l’idée d’un projet collectif. D’abord les copains et les cousins, puis une réunion publique début 2016, un MOOC “Créer une oasis”, des tempêtes sous des crânes et dans les cœurs… Un groupe-souche se dégage localement, presque tous Jurassiens ou Franc-comtois, et 10 co-fondateurs s’engagent ensemble dans un projet qu’aucun·e n’aurait pu entreprendre sans les autres.
Entre février 2017, date de l’acquisition du site en propriété collective et 2023, la ferme renaît, tout en bio : maraîchage en traction animale, production d’œufs, chèvrerie, production de plants potagers, plantes aromatiques et médicinales. S’installent également une céramiste, un fournil, une vigneronne en vin nature. Au total, dix emplois et six entreprises s’implantent en 6 ans.
Une première phase de réhabilitation du bâti est assurée, trois appartements au confort modeste sont créés dans l’existant. En extérieur, des habitats légers sont édifiés sur pilotis, un verger et des haies sont plantés, le coteau sort de son état de friche et la forêt est à nouveau entretenue.
Ainsi se rejoignent petite histoire et grande histoire, un projet coopératif à taille humaine d’agriculture paysanne diversifiée et bio, d’artisanat, de revitalisation rurale et de régénération de la biodiversité, dans la région de production du Comté et du vin d’Arbois, région franc-comtoise de grande tradition coopérative.
Une nouvelle phase pour l’habitat et le patrimoine bâti
A partir de 2022, la priorité devient de créer 4 nouveaux logements familiaux et des communs, en rapport avec les besoins du groupe et la possibilité d’ouvrir à de nouveaux membres.
Cela passe par la réhabilitation complète de deux bâtiments historiques de la ferme, avec un permis de construire obtenu en juin 2023 et une organisation des travaux. Des artisans locaux sont retenus pour les travaux structurels et le gros œuvre début 2024, les autres lots sont prévus en auto-construction sur 2024-25, avec le groupe actuel et de nouveaux futurs habitants.
Le financement de la Coopérative Oasis vient soutenir cet enjeu d’équilibrer le projet entre la part des activités professionnelles, déjà bien installées, et la part du logement et des espaces communs, restée plus en retrait, afin de valoriser toutes les dimensions du lieu et du patrimoine bâti.
Une organisation coopérative pour mieux penser l’avenir
La pratique du partage du pouvoir, le choix initial de propriété collective, le départ et l’arrivée de sociétaires dans le collectif, ainsi qu’une réflexion partagée sur les communs ont permis au groupe de maturer progressivement un passage en coopérative qui se concrétise fin 2023.
Il y a trois catégories de coopérateur·ices :
- Habitant·e (en résidence principale uniquement),
- Porteur ou Porteuse d’activité (professionnel·le, personne physique ou personne morale)
- Associacteur·ice (personne physique impliquée dans le vie associative sur le site et usagère des espaces communs).
Des personnes physiques ou morales non-coopératrices dites Soutien peuvent également entrer dans le sociétariat (c’est le statut de la Coopérative Oasis).
Cette organisation permet d’asseoir la gouvernance et les engagements de chacune et chacun, de décider en équivalence (1 personne=1 voix) et d’assortir le droit de propriété d’un volet anti-spéculatif, qui est une protection à moyen et long terme.
Une culture partagée au-delà du groupe
L’envie d’avancer par essai-erreur, le goût de l’autonomie et de l’entraide, le défi de rénover le plus possible en auto-construction, les chantiers participatifs et la gouvernance coopérative ont formé une culture de groupe plutôt résiliente au fil des ans, qui entre en résonance avec le foisonnement d’initiatives du territoire.
Soutenu par la Nef pour l’acquisition en propriété collective en 2017, lieu de séjour immersif et de découverte pour la Pépinière Oasis, pour les réseaux Wwooffing et Eurotopia, Chenèvre est bien ancré dans un cercle plus large de citoyens défricheurs de nouveaux possibles.
Le soutien de la Coopérative Oasis
Le financement accordé à Chenèvre par la Coopérative Oasis en décembre 2023, 200 000 € sur 10 ans, repose sur la vitalité de cette culture partagée avec les épargnants citoyens et les personnes de l’entourage qui se sont portées caution. À cette nouvelle étape, le collectif de Chenèvre peut s’ouvrir à de nouveaux habitant·es, motivé·es par le mode de vie, le Jura, l’organisation coopérative et la perspective de mettre la main à la pâte pour créer ensemble les nouveaux logements. Vous peut-être ?
Pour aller plus loin
La Voix des Oasis : la ferme de Chenèvre
Dans ce podcast, Alexandre Sattler donne la parole à Yourgos qui nous présente la dynamique de cette oasis ressource :
L’apprentissage du faire ensemble à la ferme de Chenèvre