Situé à Eyliac, en Dordogne, L’Envol est le fruit d’une longue et difficile transition de vie. Mais pour Sandra et son compagnon Jean-Pierre, qui y vivent avec des chevaux, des chiens, un chat et des poules, le jeu en valait la chandelle. Aujourd’hui, le bien-être est au cœur de ce lieu de ressourcement au service des animaux, des végétaux, des minéraux et des humains… Témoignages croisés des deux fondateurs.
Un difficile changement de paradigme
« J’ai grandi dans un F3 dans le Var, raconte Sandra. Et j’y suis restée pour faire mes études, devenir infirmière, me marier, faire des enfants… J’ai suivi un chemin tout tracé qui, je m’en suis rendu compte bien plus tard, ne me correspondait pas.
Il y a 8 ans, j’ai compris que je n’étais pas heureuse et j’ai décidé de changer de vie. Mon mari de l’époque et moi nous sommes installés avec nos trois enfants en Dordogne à Eyliac, près de Périgueux. Le lieu était celui de mes rêves : une maison entourée de prairie, de forêt, d’un petit étang… une incroyable diversité de paysages !
Ce déménagement n’était pourtant que la première étape d’un long chemin, qui me permettait de mettre en cohérence ma vie réelle, concrète, avec mes convictions et mes besoins intérieurs. Quelques années après être arrivée, j’ai finalement fermé le cabinet d’infirmière libérale que j’avais créé. Et j’ai quitté mon mari.
J’ai dû m’arracher à tout ce qui m’avait construite. Il a fallu alors faire face à toutes les difficultés en lien avec les changements de paradigme pour rester fidèle à mes intuitions. Mais ma maison d’Eyliac et ce lieu me nourrissaient tellement ! Ils me faisaient tenir. J’ai mené et gagné un combat acharné pour pouvoir y rester. Et en 2018, j’ai rencontré Jean-Pierre (JP). C’est grâce à lui que le projet de L’Envol que j’avais en tête depuis si longtemps a finalement pu voir le jour. Grâce à nos discussions, à la mise en commun de nos compétences et à notre amour, le projet a pris vie. »
La passion du bois
« Je suis né dans le Périgord et je ne l’ai jamais quitté, raconte Jean-Pierre. J’y ai suivi une formation de charpentier et je me suis spécialisé dans le bois. Toute ma vie, j’ai rénové des bâtiments avec des matériaux locaux et grâce à des techniques traditionnelles. J’ai aussi encadré des chantiers d’insertion, j’ai adoré ça… Maintenant je suis retraité et je continue à travailler le bois, c’est une passion qui ne me quitte pas.
J’ai rencontré Sandra parce qu’elle avait besoin de quelqu’un pour faire des travaux. Lors de la réalisation de ceux-ci, on a travaillé ensemble et on s’est très bien entendus. C’était facile et fluide entre nous. On est tombés amoureux et l’histoire a commencé…
On a beaucoup discuté du projet d’oasis ressources de Sandra. Jamais je n’avais imaginé monter un lieu un jour… j’ai été artisan pendant 40 ans au village, et je suis incapable de faire un site internet moi ! En revanche, je pouvais aider sur tout ce qui concernait le bois et l’habitation. Et mener des projets a toujours fait partie de mon mode de fonctionnement, de plus j’ai cru dès le début à ce projet… alors j’ai suivi Sandra dans l’aventure. »
Un lieu pour prendre soin
« On a véritablement lancé L’Envol il y a 2 ans quand JP a fini de construire ma cabane, précise Sandra. Elle me correspond parfaitement, exactement comme je la rêvais : toute en bois, avec une belle charpente et cinq côtés. C’est devenu mon lieu de travail, j’y propose désormais des soins toute l’année. Mais c’est plus que cela, c’est mon espace personnel, de ressourcement, mon diamant !
Cette ouverture du lieu vers l’extérieur a enclenché une dynamique collective. On a créé l’École du Bien-Être qui regroupe des professionnels “du prendre soin”, sensibles aux questions environnementales et qui œuvrent pour le respect du vivant. Ils sont thérapeutes, musiciens, sophrologues, professeurs de danse et de yoga… Toutes et tous proposent des activités dans la salle dédiée (l’ancien garage de 35 m² qui a été rénové par JP). Et tous les ans, on organise le “week-end douceur” où l’on mélange tous nos savoir-faire sur deux jours pour donner envie aux gens de nous suivre dans cette nouvelle façon d’appréhender la vie !
Nous sommes dans le réseau depuis mi-2021 car je ne le connaissais pas avant. Je connaissais les Colibris et Pierre Rabhi que j’affectionnais particulièrement depuis longtemps mais c’est une copine qui m’a parlé du réseau des oasis. Et quand je l’ai découvert, je me suis aperçue que L’Envol était une oasis ressource depuis le début, créée dans les mêmes valeurs. Et j’ai été très heureuse à ce moment là de pouvoir rejoindre le groupe.
Ce lieu s’appelle L’Envol parce qu’il accompagne chaque être vers l’accomplissement de ses rêves. Chacun est accueilli dans sa singularité et est amené à découvrir son potentiel et ses dons. L’intention de L’Envol est de montrer, par l’exemple de notre histoire à JP et moi, qu’il est possible de vivre autrement : que le bonheur réside dans la simplicité, la joie et l’amour et qu’il est temps de retrouver ces valeurs. »
Cabane connectée
« Rapidement, on a décidé de lancer le projet “cabanes connectées”, explique JP. Comme les visiteurs demandaient tous à avoir la même cabane que Sandra, j’ai décidé de leur proposer de leur construire, tout simplement !
Le principe est simple : nous nous rendons chez la personne, nous trouvons l’emplacement de la future cabane. Sandra s’occupe de la partie énergétique et moi je lui pose des questions pour découvrir ce qui lui correspond… La cabane, c’est l’intimité, là où l’on se replie. Chaque personne a des besoins différents pour se sentir bien dans son intimité : lumière ou pénombre, petit ou grand espace, épuré ou plein de détails… D’ailleurs on appelle ça “cabanes connectées” pour “connectée à la personne et au lieu”… pas pour “connectée à la 5G” ! Pour être pleinement réussie et intégrée dans l’environnement, la cabane ne doit pas se remarquer de loin, elle doit se fondre parfaitement dans le paysage, comme un animal. »
Sobriété et liberté
« L’Envol est un lieu qui nourrit les notions de respect du vivant et le valorise, détaille Sandra. Nous utilisons des méthodes de culture comme la permaculture pour produire une partie de ce que nous mangeons et nous utilisons une serre enterrée sur le modèle des Walapini pour produire précocement et tardivement. Nous avons des récupérateurs d’eau pour l’arrosage et le lavage des mains dans les toilettes sèches, construites à l’attention des visiteurs et des personnes qui viennent en formation à l’Ecole du Bien-Être. Nous avons construit un « paddock paradise » pour que les trois chevaux puissent se balader en semi-liberté entre trois près reliés les uns aux autres…
Au fond, notre intention pour L’Envol se résume en trois mots : simplicité, joie et amour. »