Le Cocon des Canailles, c’est un groupe d’ami·es réuni·es par une envie de vivre en collectif, parce que ça rassure, que ça émancipe, qu’on se sent plus fort·es et que ça épaissit les liens. Après 4 années de préparation, tant sur la gouvernance que sur les activités qu’abritera le lieu ils et elles s’installent en novembre 2023 au Moulin du Touroulet sur la commune de Chalais, en Dordogne, et prépare l’installation de ce qui sera leur vie commune pour les prochaines années.
Bifurquer ensemble
L’histoire commence en 2019, lorsqu’une partie du groupe se réunit pour la première fois afin de mettre un peu de formel dans ces idées folles jetées à la volée, ses petits rêves que l’on partage sans trop y croire et qui nous font parfois dire « Et si on partait, si on faisait un truc ensemble ? ». Dans le collectif le profil est simple et qu’on pourrait résumé par « Privilégié·es mais déçu·es ». Toutes et tous ont suivi la voie classique, celles des grandes études (ingénieur, audiovisuel, architecte, médecine) du boulot à haute valeur symbolique à la sortie et de la grosse ville qui va avec. Les affres de la hiérarchie stérile, des réunions bouffies de relent égotique ou patriarcal, le sentiment prégnant d’inutilité, le béton, les devantures lumineuses qui jamais ne s’éteignent, la misère invisible, le décalage, la tristesse et enfin le non sens de vivre une vie qui court à sa perte.
Alors comme bouée face au naufrage, l’idée d’un chez soi un peu différent au sein d’un monde uniforme, d’un « Cocon » ou l’on se réfugie, a fait son chemin, petit à petit. A 5 puis 6 puis 9, les discussions ont fleuri et la posture d’opposition à ce qui est, a laissé place à la création de ce qui, peut-être, un jour sera.
Une boussole de valeurs
D’abord, avant de décider ce qu’ils et elles allaient faire, il a fallu décider comment le faire. C’est plein de processus qui les uns après les autres ont vu le jour. Ici les décisions seront prises au consentement pour ne pas oppresser, on s’écoutera parler et on demandera la parole pour être sûr de ne pas la confisquer, on fonctionnera par rôle tournant pour garder l’horizontalité, on mutualisera nos ressources parce qu’on imagine pas qu’on puisse faire autrement, on vivra nos conflits parce qu’ils existent alors ça ne sert à rien de le nier mais on le fera de manière cadrée, en étant responsable de ses émotions et faisant tout notre possible pour les expliquer. Tout ça écrit et archivé, le tout résumé en une raison d’être et un socle de valeurs, acceptées de tous et toutes et qui dans les décisions du collectif sert de boussole quand les choix ne sont pas évidents.
Après le comment vient le concret, « Qu’est-ce qu’on y fait au Cocon des canailles ». On y vit déjà, en essayant de venir épouser au maximum l’environnement qui nous accueille. Et puis derrière, le collectif a imaginé une ribambelle d’activités venant de leurs envies et des besoins qu’il a l’impression de sentir. Une guinguette en milieu rural avec programmation culturelle, de l’accueil touristique en tente et habitat léger, un jardin vivrier, du théâtre, des formations, un atelier fabrication bois, de la réparation, de la transformation alimentaire et plein d’autres choses qu’il reste encore à inventer.
Fortes de tout ça, les canailles se mettent ensuite à la recherche d’un lieu et tombe tout naturellement, après 1 ans et demi de recherche et une bonne cinquantaine de visites quand même, sur le Moulin du Touroulet, en Dordogne.
Le soutien de la Coopérative Oasis
Un achat à 7 (2 personnes encore en intégration au moment de l’achat) via une SCI et grâce à 300 000 € d’apport, 180 000 € d’épargne citoyenne et 160 000 € d’apport sur 10 ans à la Coopérative Oasis qui serviront à faire les travaux de rénovation qui permettront de donner au lieu la couleur de ses habitant·es.
Ici il est important pour les Canailles de mentionner que derrière ses chiffres froids il y a la conscience d’une chance, celle d’appartenir à la petite minorité de celles et ceux qui peuvent faire ce choix, accéder à la propriété et faire un pas de côté d’un monde que beaucoup aimeraient quitter, mais dont une bonne partie n’a pas 300 000 € de côté ni des familles qui peuvent les aider. Alors, pour être fidèle à leur raison d’être, les canailles réfléchissent à des moyens de partager cette chance, en imaginant par exemple de l’accueil de personne en difficulté, en ouvrant le lieu au maximum et en pratiquant des prix qui n’agissent pas comme un filtre à l’entrée.
Tout ça on verra si elles y arrivent, mais une chose est sûre, depuis novembre 2023, les canailles ont un Cocon.
Et le lieu prend vie !
La suite c’est de l’auto-rénovation et un lancement des activités dans les semaines et mois à venir.
La guinguette ouvrira ses portes au printemps 2024, tout comme l’accueil. Certaines formation ont déjà commencé, une représentation de théâtre déjà prévue, des ateliers en préparation, un jardin qui prend forme et puis tout le reste, l’intégration dans un nouveau chez soi, prendre part à ce qui existe déjà pour surtout ne pas faire bande à part et puis la vie du collectif, ses joies et ses contraintes aussi.
Mais l’horizon est radieux et toutes les canailles savourent ce vent qui glisse jusqu’à elles et eux et qui jour après jour leur murmure au creux de l’oreille que le choix qu’elles ont fait a tout l’air d’être le bon.
Pour aller plus loin
facebook.com/lecocondescanaillesanailles