« La ferme du Suchel, lieu de vie nourricier, engagé dans son territoire et pour le vivant » : cette raison d’être portant actuellement l’écolieu de la Ferme du Suchel synthétise déjà bien l’esprit du lieu et des membres du projet. Ainsi, dans un vallon du Beaujolais Vert, sur la commune de Valsonne (entre Lyon et Roanne), une ancienne ferme de 28 hectares reprend vie depuis 2013 autour d’un projet d’oasis global mêlant habitat participatif, agriculture paysanne, préservation de la biodiversité et ouverture vers l’extérieur.
Un lieu de résilience locale
Comme beaucoup de projets celui-ci a commencé autour d’un apéro de copains issus de BTS Gestion et Protection de la Nature. Toutes et tous engagés dans la protection de l’environnement (notamment avec la FRAPNA devenue FNE Rhône), ils et elles souhaitaient transformer leur militantisme en expérimentation. « Je peux pas conseiller aux agriculteurs des pratiques favorables à la biodiversité alors que je ne vis pas leurs contraintes ! » et bien qu’à cela ne tienne ils auraient une ferme dans un territoire de montagne ET ils œuvreraient pour la biodiversité ! Le tout en collectif pour un projet plus robuste et ambitieux !
Le collectif d’une vingtaine de personnes a ainsi entrepris d’en faire un lieu de résilience locale, garantissant un toit, à manger et de l’énergie à celles et ceux qui y participent, quelle que soit l’évolution de notre société, en montrant que ce mode de microsociété autogérée est possible.
Aujourd’hui, 10 adultes participent au projet (ainsi que 8 enfants qui habitent ou vont habiter sur le lieu). Sur les 10 adultes, citons 4 couples habitant sur le lieu : Adélie et Luc-John, Agnès et Baptiste, Manon et Guillaume, ainsi que Julie et Alexandre. Les deux autres participants au projet, William et Rémi, sont des associés extérieurs au projet d’habitat. Les 4 familles logées dans un grand corps de ferme entièrement rénové en matériaux bio-sourcés.
Le ferme du Suchel est constituée de différents cercles dont les personnes et les zones de vie s’entrecroisent : la SCI regroupe les 8 cohabitant·es et deux associés (un extérieur au projet d’habitat et vivant ponctuellement sur le lieu en camion aménagé). Elle s’occupe du lieu de vie et du patrimoine immobilier.
La gouvernance s’organise sur le principe de la sociocratie et s’appuie sur différents temps collectifs pour fonctionner. Parmi les plus structurantes, des réunions hebdomadaires permettent d’avoir des temps de réunions et d’organisations (cercles cohabitant·es ou agricole), tandis que des temps d’approfondissement (de travail et de célébration) ont lieu à différents moment de l’année.
Le volet agricole – paysan, regroupant 5 des cohabitant·es, développe du maraîchage, des petits fruits et plantes aromatiques, ainsi que de l’arboriculture. Le collectif a aussi une vocation militante, autrefois regroupée dans une association, et participe activement à la vie du territoire.
Une Oasis de Biodiversité
Les 28 ha alentours sont pour un tiers des bois, un tiers des landes et le dernier tiers est occupé par 3 activités agricoles : un GAEC de 3 personnes en maraichage, une productrice de plantes aromatiques et médicinales et une pépinière de fruitiers. La vision initiale n’a pas été abandonnée puisque tous sont labellisés bio, travaillent sur sols vivants et accordent une vraie attention à leur pratiques. Pour pousser l’expérience jusqu’au bout, une ORE (Obligation Réelle Environnementale) a été signée en 2026 avec la Coopérative Oasis pour assurer la pérennité de pratiques favorables à la biodiversité dans les activités agricoles/ sylvicoles et sur le bâti.
Bien que ne présentant pas d’enjeux patrimoniaux élevés, les terrains de la ferme du Suchel accueillent une biodiversité « ordinaire » particulièrement riche. Cette richesse s’explique notamment par la continuité de pratiques agricoles extensives y compris au cours du 20eme siècle dont l’absence de mécanisation lourde et un nombre modéré d’animaux ont permis une diversité et un bon état des sols; la continuité des boisements, haies, lisières; la présence de micro-habitats humides et de manière générale, une pression humaine globalement faible à modérée.
L’enjeu global de l’Obligation Réelle Environnementale est donc de conserver cette mosaïque de milieux — qu’ils soient stabilisés ou en évolution —, de la transmettre intacte et d’en garantir la résilience face aux pressions futures : embroussaillement, intensification des usages, fréquentation accrue, artificialisation des sols, sécheresses et évolution du climat.Il s’agit également de maintenir, sur le long terme (99 ans renouvelables), une ferme vivante et fonctionnelle, capable de produire une alimentation locale, du matériel végétal et une énergie renouvelable (principalement liée au bois), sans compromettre le fonctionnement écologique du site. Ainsi, au-delà de ces fonctions productives, le Suchel porte un ensemble d’aménités paysannes, entendues ici comme les bénéfices non strictement marchands que le lieu offre aux habitants, aux usagers et au territoire, et qui participent à sa richesse humaine, écologique et sociale.
Le soutien de la Coopérative Oasis
Le financement du projet d’habitat et agricole fonctionne dans une logique initiale d’entraide et de pot commun : chaque personne met les sommes qu’elle peut dans le projet, et des rééquilibrages ont lieu en fonction des apports futurs. Le soutien de la Coopérative des Oasis est arrivée dans ce contexte : un déséquilibre trop important était en train de se créer au niveau des apports de certaines personnes, et les capacités d’autofinancement touchaient leurs limitent. La cohérence d’un travail en partenariat avec la Coopérative Oasis, associant accompagnement et soutien financier, a orientée le choix de la demande de financement.
L’apport de la Coopérative Oasis permet de financer la fin du chantier de création des 2 derniers logements (sur les 4 du projet), tandis que les derniers apports personnels des membres du projet sont libérés pour financer le lancement de la partie agricole professionnelle.
Pour aller plus loin :