Tandis qu’une étude menée conjointement avec BL évolution (2022) montre que vivre en écolieu permet de diviser son empreinte carbone par deux par rapport à la moyenne française (5,4 tonnes de CO₂ par personne par an contre 10 tonnes), il reste encore du chemin à parcourir pour atteindre les 2 tonnes par an qui correspondent aux engagements pris lors des Accords de Paris.
Si les habitant-es en oasis sont exemplaires sur des indicateurs comme le logement, l’alimentation ou la consommation de biens et de services, la mobilité reste l’un des leviers majeures à améliorer pour atteindre une vie bas carbone. Un défi pour les oasis qui se situent souvent en milieu rural et qui bénéficient donc peu des transports publics disponibles dans les grandes villes.
C’est dans ce contexte qu’est né en 2023 le Groupe de Travail Mobilité, sous l’impulsion de Yoann Gruson-Daniel et soutenu par la Coopérative Oasis, l’ADEME et eAska.org. Sept écolieux se sont portés volontaires pour participer au projet : Magnyéthique, la Ferme du Suchel, l’Écohameau de Verfeil, le Moulin Bleu, l’Écohameau du Plessis, Écoravie et la Bigotière. Leur objectif : expérimenter, collecter des données et partager des solutions concrètes pour réduire la dépendance à la voiture individuelle.
Des expérimentations concrètes
L’exemple le plus emblématique est celui d’Écoravie, dans la Drôme, qui a mis en place une flotte mutualisée de véhicules sous le nom de Mobipartage. Du vélo-cargo à la petite voiture électrique, en passant par des quadricycles légers, les habitant·es sont copropriétaires et coresponsables de cette flotte. Résultat : une mobilité adaptée aux besoins, plus économique et avec des émissions réduites de façon significative.
Les données recueillies par le groupe confirment qu’une large part des déplacements vitaux (courses, école, travail, santé) peut être assurée par des véhicules intermédiaires légers (vélos rapides, quadricycles, petits véhicules 2 places), bien plus sobres que la voiture classique. Ce sont surtout les trajets de loisirs longue distance qui pèsent encore lourd dans le bilan carbone.
Enseignements clés
« Ce rapport montre qu’il est possible, en s’organisant collectivement, de repenser radicalement la mobilité au quotidien — sans sacrifier le confort ni la liberté de mouvement. C’est une source d’inspiration pour toutes les collectivités rurales. »
— Yoann Gruson-Daniel, coordinateur du GT Mobilité
Le rapport tire plusieurs conclusions fortes :
- Rompre avec la motonormativité : notre société reste enfermée dans le réflexe “voiture individuelle”. Sortir de cette dépendance nécessite un travail collectif de sensibilisation et d’acculturation pour lequel les oasis peuvent jouer sur une certaine exemplarité
- L’autopartage comme levier majeur, y compris pour réduire les dépenses : contrairement au covoiturage, aux effets limités, le partage d’une flotte de véhicules permet réellement de réduire le nombre de voitures et d’encourager d’autres alternatives.
- Favoriser l’autonomie et la réparabilité : vélos électriques, bornes de recharge et petits véhicules doivent être conçus pour durer, hors de la logique d’obsolescence programmée.
- Encourager la vélonomie : ateliers participatifs et « speedbikes » (vélos rapides électriques) sont des pistes prometteuses pour élargir l’usage du vélo au quotidien
- Réinventer les imaginaires : les trajets en avion, incompatibles avec un futur durable, doivent être remplacés par d’autres façons de voyager.
Outre ces enseignements, l’étude a permis l’implémentation de l’outil « Coloc’Auto », de Mobicoop, en test actuellement dans plusieurs écolieux.
Une dynamique collective à amplifier
Le rapport présente donc des pistes d’actions concrètes qui vont au-delà des oasis : il engage citoyen·nes et élu·es dans une dynamique de transformation durable. Les résultats sont clairs : en mutualisant les moyens et en diversifiant les véhicules, il est possible de réduire drastiquement les émissions liées à la mobilité, jusqu’à atteindre les objectifs fixés par l’Accord de Paris. Mais pour y parvenir, la transformation doit être collective, culturelle et soutenue par les pouvoirs publics.
Pour aller plus loin
6 écolieux qui décarbonnent leurs mobilités
Comment décarboner ses déplacements quand on habite un écolieu ?
