La mobilité représente près de la moitié des émissions de gaz à effet de serre quand on vit en habitat partagé. Véhicules légers, flotte de véhicules partagées, bornes de recharge à l’électricité produite sur le lieu, vélos électriques sans obsolescence programmée, découvrez ci-dessous comment certains lieux défrichent le terrain vers une mobilité bas-carbone en oasis.
Cet article fait suite à l’interview ”Comment décarboner ses déplacements quand on habite un écolieu ?” de Yoann Gruson-Daniel réalisée au début de l’été, avant le Festival Oasis de Sainte Camelle. Yoann avait pu animer deux ateliers pour réfléchir collectivement à la décarbonation de la mobilité en écolieux. Ce deuxième article donne la parole aux différentes oasis impliquées dans cet objectif.
Écohameau du Plessis
Commençons par l’Écohameau du Plessis, l’oasis où vit Mathieu Labonne le Président de la Coopérative Oasis.
L’écohameau du Plessis est conçu pour 28 foyers mais seulement 12 foyers (30 personnes) ont déjà construit leur maison et vivent sur place. Son Bilan carbone en 2022 a montré que les déplacements, en particulier les trajets en voiture, sont largement le premier poste d’émission, et ceci malgré beaucoup de covoiturages. Lors du GT mobilité, le recueil de données précises sur les trajets par véhicule a permis d’identifier des constats et pistes d’actions :
- Souvent les deuxièmes véhicules des familles roulent beaucoup moins que le véhicule principal (4 fois moins en moyenne). Via l’application Coloc’Auto, plusieurs voitures ont alors été mises en partage entre habitants mais aussi et avec des amis hors de l’écohameau. Cela permet progressivement de penser autrement l’usage de la voiture. Cela pourrait aussi simplifier à terme la question des parkings.
- Le gros des kilomètres parcourus se concentre souvent sur un ou deux motifs de déplacement. Cela donne donc les priorités. Par exemple pour la famille Labonne, en réorganisant la question des trajets pour les enfants (école et sport), le nombre de kilomètres a diminué de 25% directement. L’autre gros poste concerne les quelques grands trajets pour partir en vacances en famille.
- Suite à la visite de Yoann Gruson-Daniel, des habitants envisagent de mieux s’équiper en véhicules électriques légers (VAE, Twizy…). L’installation de bornes de recharge électrique sont aussi en réflexion dans l’écohameau.
Le Moulin Bleu
Non loin de l’écohameau du Plessis, c’est Edouard et Charles-Adrien qui présentent la situation du Moulin Bleu :
Le Moulin Bleu est un lieu de vie collective et un lieu d’activités associatives et militantes situé en milieu rural. C’est un espace d’expérimentation, de transmission, de développement d’activités et de luttes. 16 habitant·es vivent sur place pour expérimenter d’autres manières de faire ensemble. La mobilité et le besoin de se déplacer pour vivre, rencontrer, travailler, s’amuser, se rendre accessible, transporter ou consommer est un enjeu crucial en milieu rural sur lequel nous souhaitons pouvoir pleinement expérimenter des modes de déplacements les moins carbonés possibles. Nous disposons actuellement de 4 véhicules partagés : une camionnette thermique, une voiture thermique et deux vélos à assistance électrique. A cela s’ajoutent 3 véhicules thermiques personnels ainsi que 5 vélos électriques personnels. Situé à 7 km de la gare la plus proche, nous avons également mis en place une flotte de vélos mécaniques partagés permettant en particulier aux personnes accueillies de faire les derniers kilomètres pour se rendre sur place. Nos réflexions portent actuellement sur la possibilité de remplacer nos véhicules thermiques par des véhicules électriques.
MagnyÉthique
C’est Guillaume de MagnyÉthique qui présente ce qui se passe dans son écolieu du Beaujolais Vert
MagnyÉthique est un habitat partagé et éco-lieu à Cublize, dans le Rhône. Il accueille actuellement 11 foyers (16 adultes et 11 enfants). L’environnement est très vallonné (100m de dénivelé jusqu’au village) et très rural (village à 3km, courses et activités à 11km).
À ce jour, l’usage du vélo (vélos cargos AE, VAE, vélos classiques) est régulier mais relativement marginal, à cause principalement de cet environnement et du fait que les routes alentour sont empruntées par des véhicules qui roulent très vite.
Malgré notre volonté, l’usage de la voiture est prédominant. Tous les véhicules sont privés mais sont prêtés de façon routinière avec un simple tarif au km (centralisés sur une application pour régler des petites sommes entre ami·es). Un très gros accent est d’ores et déjà mis sur l’optimisation et la mutualisation des trajets pour les courses et surtout les activités hebdomadaires de chacun.
Des réflexions nombreuses sont en cours : pose de panneaux photovoltaïques, installation de bornes de recharge et d’un abri spécifique à vélos, mise en place d’un système de partage similaire à celui d’Écoravie avec des quadricycles partagés… Toutefois ces sujets sont à ce jour moins prioritaires que les nombreux travaux en cours et n’avancent que très lentement.
La Ferme du Suchel
Non loin de MagnyÉthique, Luc-John et Baptiste pour la Ferme du Suchel :
La Ferme du Suchel est un habitat participatif de 4 foyers : 9 adultes et 7 enfants, vivants dans un corps de ferme récemment rénové, dans le Beaujolais vert (69170). La topographie est vallonnée. Nous avons beaucoup de véhicules : un 4×4 sept places mutualisé, 6 véhicules individuels, 1 camion aménagé (dans lequel vit un des cohabitants), 1 camion pro pour le projet maraîchage, 4 vélos électriques dont un tandem et un cargo.
Le Groupe de Travail sur la Mobilité nous a permis d’avancer notre réflexion sur la mutualisation des véhicules. On travaille à la vente de 4 véhicules perso pour l’achat d’un véhicule électrique mutualisé, type Zoé ou Dacia Spring.
Écohameau de Verfeil
C’est Elsa qui prend la plume pour Verfeil.
L’Écohameau de Verfeil se compose de 11 foyers actuellement (12 à termes), avec 16 adultes et 10 enfants & ados. Nous sommes dans les constructions de nos maisons et de notre maison commune depuis dix ans et c’est sur ce point que nous avons beaucoup axé notre projet depuis le début. Maintenant que nous commençons à en voir le bout, nous voulons nous attaquer à d’autres domaines sur lesquels nous améliorer sur le plan écologique.
Le sujet de la mobilité avait déjà été discuté mais le manque de temps, d’énergie et de finances nous avait arrêtés. Les résultats de l’étude sur les empreintes carbone moyennes d’un.e habitant·e d’écolieu et la création d’un groupe de travail sur la mobilité ont véritablement impulsé une réflexion, individuelle dans un 1er temps, quant à nos trajets réguliers dans une zone très rurale et vallonnée. Oui, nous faisons encore trop de kilomètres en voiture et oui, nous pouvons nous améliorer.
De la réflexion individuelle à la réflexion collective, il n’y a qu’un pas : l’idée d’avoir une flotte de véhicules partagés (du vélo à la petite voiture électrique) est en train de faire son chemin et nous allons peut-être commencer, grâce à la venue de Yoann Gruson-Daniel, par l’électrification d’un vélo qui deviendrait collectif et serait, nous l’espérons, le 1er véhicule de notre future flotte partagée ! La suite se fera progressivement, une fois la maison commune terminée et les finances disponibles.
Écoravie
Yoann fait un point sur les avancées de son habitat partagé drômois :
Écoravie est un habitat partagé à Dieulefit, petit bourg de 3500 habitants en Drôme provençale (milieu rural et vallonné). La petite cinquantaine d’écoravissant·es, vivant·es dans les 20 appartements bioclimatiques réalisés ont mis en place un système de partage de véhicules appelé Mobipartage. Un véhicule cargo électrifié, deux petits véhicules 2 places permettant de se déplacer à 45 et 80km/h (Twizy et Ami) ainsi qu’une Zoé et une Dacia Spring ont été achetés à partir de fonds prêtés par les utilisateurs. Quelques foyers ont ainsi quitté leur véhicule personnel. Six bornes open-sources ont été raccordées au système de production photovoltaïque de l’écolieu, permettant de donner la possibilité de recharger uniquement en solaire les véhicules. La réservation se passe à travers un agenda partagé et une tablette. Également, des stages eAska.org d’électrification de vélo et de fabrication de batterie haute durée de vie sans obsolescence programmée y sont régulièrement organisés.
Conclusion
Comme on peut le voir, diverses initiatives se sont mises en place en 2023, catalysées pour ces lieux par leurs échanges entre eux mais le chemin restant à parcourir est long. Les enjeux de décarbonation de la mobilité sont des sujets complexes qui nécessitent des investissements importants, des tests, des changements de comportements.
Un dossier rentrant plus dans les détails sera publié prochainement. Plus de témoignages et d’analyses des données récoltées y seront partagés.
Pour aller plus loin
Comment décarboner ses déplacements quand on habite un écolieu ?
