Jeunes sur Terre – Oui ça compte, 2023

Youth on Earth – Yes We (C)are, 2023

Imagine entrer dans une pièce spacieuse avec des canapés confortables et des murs colorés. D’agréables lumières chaudes créent une atmosphère sécurisante. Au centre, il y a des fleurs et des bougies bien positionnées ainsi qu’un cercle avec de petits éléments – cailloux, morceaux de bois et feuilles – tout autour. Alors que tu prends place, tu croises de doux sourires et les regards d’autres personnes, qui ont l’air aussi ouvertes et curieuses que tu l’es. Tu ne connais pas encore leurs noms, mais bientôt vous deviendrez une tribu.

Youth On Earth Yes we (C)are 2023
©Kamil Groot

Ena, la facilitatrice, commence à lire un poème.

L’Invitation

Ça ne m’intéresse pas de savoir ce que tu fais pour vivre.

Je veux savoir ce qui est difficile pour toi et si tu oses répondre au désir de ton cœur.

Ça ne m’intéresse pas de savoir quel âge tu as.

Je veux savoir si tu prendrais le risque de tomber follement amoureux.euse, pour ton rêve, pour l’aventure d’être vivant·e.

Je veux savoir si tu peux t’asseoir avec de la souffrance, la mienne ou la tienne, sans chercher à la cacher, à l’atténuer, ou à la régler.

Je veux savoir si tu peux être avec de la joie, la mienne ou la tienne; si tu peux danser sauvagement et laisser l’euphorie te parcourir jusqu’au bout de tes doigts sans chercher à faire attention, à être réaliste, sans chercher à te souvenir des limitations de l’être humain…

C’est ainsi que nous avons débuté la 5ème édition de “Youth on earth – yes we (c)are”. Un échange entre jeunes qui a pris place entre le 23 août et le 4 septembre, dans l’écovillage de ZEGG, en Allemagne. L’expérience, financée dans le cadre des Erasmus+, a prodigué l’espace-temps nécessaire pour se poser de grandes questions telles que : A quoi est-ce que j’aspire vraiment ? Comment et pourquoi nous, les êtres humains, recherchons la connexion ? Qu’est-ce que le moi authentique, quand puis-je explorer librement mes forces et mes limites ? Que perdons-nous en nous détachant de la Terre et comment pouvons-nous renouer avec la nature ?

©Łukasz Woźniak
Zegg
©Łukasz Woźniak

Cet endroit est le lieu

L’écovillage de ZEGG – Centre de Conception Culturelle Expérimentale – où se déroule ce projet Erasmus+, est le cadre idéal pour se détoxifier et dévoiler nos aspirations profondes. Né d’un groupe de 40 personnes désireuses de briser les normes sociales et expérimentant l’amour libre et la vie communautaire à la fin des années 60, ZEGG s’est aujourd’hui institutionnalisé comme un petit village (presque) autonome où plus de 100 personnes vivent, travaillent et partagent l’effort de construire un modèle de société différent.

À seulement une heure de Berlin, cette oasis de maisons en bois, d’espaces communs et de potagers nous a accueillis pendant 13 jours, offrant un espace sûr où nous avons pu nous émanciper du conditionnement de la culture dominante et du rythme écrasant du système capitaliste. Nous avons également eu le plaisir de partager du temps avec les membres de ZEGG ainsi que de contribuer au travail communautaire. Nous avons beaucoup appris sur les modes de vie durables et régénérateurs en aidant et en travaillant dans le jardin et dans la cuisine, ainsi qu’en prenant soin des espaces communs.

Le temps est perçu différemment lorsque l’on reste longtemps dans une communauté. Il se dilate, mais passe aussi à toute vitesse. Même si le groupé était très souvent fatigué, il était sans cesse stimulé et ancré dans le présent. Cette expérience fut l’occasion de nous distancier du stress numérique, tout en appréciant par exemple davantage notre rapport à la nourriture, en revenant à une alimentation plus simple à base de légumes et fruits que nous aidions à récolter et à cuisiner, ou encore en explorant le potentiel sensuel de manger comme les êtres humains le faisaient à l’origine, à mains nues (merci Andrea pour l’inspiration ! ).

En plus du temps passé avec la communauté de ZEGG, nous avions chaque jour des activités avec notre groupe, composé de jeunes venant de différents pays d’Europe. Chaque journée était consacrée à l’exploration d’un sujet spécifique, comme la conscience de soi, la communication et les relations, le lien avec la nature ou encore le mouvement queer.

Au fil des jours, nous avons abordé des sujets plus sensibles, que l’on aborde rarement dans la société – comme l’amour, les relations, l’argent, l’identité. Le parcours global a été construit pour nous connecter de plus en plus profondément ensemble, tout en nous dotant des outils nécessaires pour prendre soin de nous-mêmes. Nous avons posé des questions sur des sujets qui ne sont généralement pas abordés dans nos quotidiens, car ils nécessitent du temps et une véritable curiosité pour l’être. Nous n’avons pas trouvé de réponses définitives, mais plutôt des idées significatives et une nourriture spirituelle pour continuer à explorer avec une énergie renouvelée.

©Łukasz Woźniak
©Łukasz Woźniak

L’inclusivité au travers d’une double attention : à soi et à l’autre

Via l’exploration pratique et théorique du système nerveux et de nos réponses automatiques, nous avons abordé en profondeur les​​ liens corps-esprits. L’enseignement est très utile car si nous conceptualisons les émotions comme des signaux que notre corps envoie, nous pouvons être capables de nous respecter davantage et de fixer des limites saines. Le groupe est arrivé au thème du consentement et a pratiqué un exercice où il s’agissait de dire « non » à certaines propositions, tout en étant capable de recevoir ce « non » également.

Cette activité a œuvré à créer un espace sûr, où nous avons pu nous appuyer sur des compréhensions partagées (normes sociales) d’acceptation et de respect mutuels. Nous avons appris que prendre soin authentiquement, être là pour l’autre, implique aussi de respecter nos propres besoins. A partir de ce moment-là, il était plus facile d’accueillir avec gratitude lorsque l’autre fixait ses limites : c’était devenu le synonyme de prendre soin de la relation.

Nous avons travaillé du mieux que nous pouvions sur la façon d’être là, pour les autres au travers d’une présence sincère. Nous avons pratiqué une écoute profonde et nous nous sommes souvent donné des « miroirs ». Un exercice que nous avons fait par exemple, consistait à arrêter la personne qui parlait lorsque nous sentions que nous avions besoin d’un moment pour intérioriser ce qui était dit. Ce geste simple, loin d’être violent, a rapproché et connecté les personnes qui s’exprimaient, car toutes deux étaient alors convaincues qu’elles interagissaient avec honnêteté et dans le respect de leurs propres limites.

Si tu imagines les relations comme des flux de connexion, tu peux les visualiser comme des rivières, avec des rochers et des pierres qui gênent l’écoulement. Il est généralement difficile d’identifier ce qui se trouve sous la surface et bloque l’eau : peut-être qu’une fois j’ai dit « Bonjour » et que tu n’as pas répondu, ou peut-être que tu me rappelles quelqu’un que je connaissais auparavant, ou peut-être tout autre chose. Il se peut parfois qu’il y ait des obstacles qui m’empêchent de me connecter librement à toi. En nommant et en exprimant ces obstacles, directement mais avec soin, il est possible de purifier les eaux et de débloquer le flux.

Nous avons pratiqué cela avec un exercice nommé « withhold sharing », un outil très puissant qui nous a permis de mieux nous voir, de renforcer la confiance, de pratiquer une communication dite non-violente et, finalement, de favoriser des relations plus vraies. Nous avons découvert que nous ne pouvions pas donner de l’amour sans le recevoir en retour.

©Łukasz Woźniak
©Kamil Groot

Explorer l’authenticité et la reconnexion profonde

En marchant dans notre espace commun, nous savions qu’un travail intérieur nous attendait. Grâce à un exercice appelé « Core-Ring Model », nous avons parcouru un jour les contours de nos personnalités : l’image de nous-mêmes à laquelle nous nous accrochons pour nous conformer, les stratégies que nous avons développées pour supporter les attentes du système déshumanisant dans lequel nous vivons habituellement. Dès que la surface a été dépassée, il a été possible de rencontrer les émotions réprimées, les sentiments évités. Et alors que nous nous permettions de descendre plus profondément dans notre moi intérieur, se trouvait là un noyau transcendant les frontières du moi, une essence qui s’étendait et dissolvait l’égo.

Au fil du temps, le groupe s’est senti de plus en plus à l’aise pour s’ouvrir et se montrer. En partageant et en tenant l’espace, en tête-à-tête comme en cercle ou en « Forum », nous avons partagé de plus en plus d’intimité. Le forum, en particulier, a été une expérience transformatrice pour nombre d’entre nous. Dans cet espace, chacun et chacune peut présenter un processus personnel qui dépasse finalement le niveau personnel et renoue avec un sujet humain universel. Dans un forum, il est possible d’explorer et de partager ce qui est vivant en soi avec le soutien d’un cercle de personnes qui occupent l’espace d’une présence volontaire et appliquée. Notre facilitatrice guidait les participants à travers le déploiement de ce qui était là et devait être mis en lumière, dans une expérience de groupe puissante qu’il est impossible, même aujourd’hui, de réduire en mots.

La forêt entourant l’écovillage ZEGG faisait également partie de notre expérience. En s’élevant de soi vers quelque chose de plus profond et de plus élevé, nous avons dépassé les limites des relations humaines pour également renouer avec la nature. Grâce à une promenade et à une exploration en aveugle, nous avons expérimenté le pouvoir d’être simplement avec le « monde naturel », en ancrant nos sens dans les odeurs et les textures des arbres, de la mousse et du feuillage, dans les chants des oiseaux et l’humidité du sol. Nous nous sommes réunis en tant que parties de nature et de société reliées par un seul souffle. Nous avons redéfini l’amour, en élargissant ce qui est possible en matière de « prendre soin » et de connexion avec les êtres naturels – en tant qu’êtres naturels, nous aussi.

©Nolwen Vouiller
©Nolwen Vouiller

Toutes les vies viennent de l’océan

À mesure que le jour du départ approchait, une nuance de nostalgie commençait à nous accompagner. Comment quitter un endroit qui ressemble à un chez-soi, un groupe qui ressemble à une tribu ?

Le temps que nous avons passé ensemble a été si intense : des liens transformateurs, des idées éclairantes, des danses, des rires et des larmes. Nous avons montré nos blessures les plus vulnérables et le groupe s’est senti accueilli avec une acceptation inconditionnelle. Nous nous sommes découvert interconnectés en tant qu’écosystèmes et avons savouré l’immense pouvoir de l’amour.

Comment pouvons-nous maintenant revenir à notre vie quotidienne ? « Que voulons-nous ramener à la maison ? », nous sommes-nous demandé lors d’une des dernières séances. Chacun(e) de nous avait sa propre réponse, qui nous accompagnera comme une lumière chaleureuse lors de notre voyage de retour à travers l’Europe. Mais une évidence commune demeure : la connexion est essentielle à la vie humaine.

Vivre une expérience pleine de sens est possible, si nous osons être authentiques. Passons le message maintenant, aidons-nous les un.e.s les autres. Murmure aux âmes : Souffle. Ancrez-vous, nourrissez vos racines. Nourrissez votre flamme. Gardez votre cœur ouvert. Reconnectez-vous. Gardez de l’espace pour les autres et pour vous-même. Ressentez l’amour et partagez-le.

Maintenant, respire profondément et lis lentement, ce que Loki a réussi à mettre en mot, sans doute de la plus belle manière possible :

Dans un monde où les cœurs ont du mal à comprendre,
La douleur de l’empathie ressemble à des sables mouvants.

Nous portons le fardeau du désespoir des autres,
Leurs espoirs et leurs peines, lourds à supporter.

Au plus profond de leurs ténèbres, nous résidons souvent,
Ressentir leurs luttes, sur cette marée émotionnelle.

Le poids de l’empathie, une chaîne implacable,
Une tempête incessante, une pluie sans fin.

Mais au milieu de ce conflit empathique,
Nous aspirons à goûter à une vie différente.

Un royaume où l’amour coule, déchaîné et libre,
Dans la danse de la passion, où nous aspirons à être.

L’amour libre, comme on l’appelle, un hymne des cœurs,
Là où le jugement s’en va et où l’affection se transmet.

Dans cet océan sans limites, nos esprits prennent leur envol,
Libérés des frontières, nous nous prélassons dans la lumière.

Dans l’étreinte de l’amour libre, nous trouvons notre libération,
Une symphonie de désir, une paix intemporelle.

Pas de murs à confiner, pas de jugement à lier,
Juste un amour débridé, nos âmes entrelacées.

Loki

Pour aller plus loin

Yes to substainability

Le programme Digital Detox

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Daphné Vialan

Daphné Vialan

Daphné Vialan est passionnée par la vie en collectif et le vivre-ensemble. Elle a habité plusieurs années à l’Arche de Saint-Antoine, et habite maintenant au sein d’un collectif en formation au Nord d’Agen.

Elle accompagne des collectifs à prendre soin de leurs relations au sein de la Coopérative Oasis.

Son expérience personnelle, alliée à ses multiples formations (CNV, gouvernance partagée, dynamique de groupe, transformation constructive des conflits, Processwork et Clean Coaching) font de son travail une combinaison unique qui réunit le cœur et la tête.

Ludovic Simon

Ludovic Simon

Ludovic habite à Saillans, dans la belle vallée de la Drôme, au sein d’un écohameau où il a autoconstruit sa propre maison en ossature bois.

Passionné par les dynamiques de coopération et de gouvernance partagée, il est investi dans différents projets collectifs dont l’école Montessori « Que la Joie Demeure » qu’il a présidé pendant 6 ans.

Entrepreneur dans sa vie d’avant, il a cofondé plusieurs initiatives coopératives et associatives, dont une entreprise en gouvernance partagée dans le domaine de l’emploi (8 salariés) et un tiers-lieu de 3000 m² à Nantes (La Cantine).

Il a accompagné plus de 100 écolieux en projets ou existants depuis 2021.

Ramïn Farhangi

CooperativeOasis_Ramin_Village de Pourgues

Après une première expérience comme consultant en stratégie auprès de directions générales, Ramïn s’est tourné vers l’éducation pour agir sur les enjeux sociétaux à la racine.

Il a d’abord enseigné au collège et au lycée, avant de fonder une école Dynamique à Paris en 2015 puis l’écovillage de Pourgues en Ariège en 2017. Cette expérience l’a conduit à transmettre et accompagner d’autres collectifs.

Depuis 2018, il a formé plus de 250 personnes et accompagné plusieurs projets sur les questions de raison d’être, gouvernance, organisation et transformation des conflits.

Coralie Darsy

Portrait Coralie Darsy

Après quelques années d’ingénierie dans l’eau et l’environnement, Coralie a été éducatrice Montessori.

En 2021, elle devient bénévole à la Coopérative Oasis pour lancer la Pépinière Oasis, puis rejoint pleinement l’équipe en 2022 pour coordonner les formations.

 

Mathieu Labonne

Mathieu a été chercheur sur les changements climatiques puis consultant en gouvernance carbone avant de diriger l’association Colibris de 2014 à 2020, où il a initié et coordonné le projet Oasis. Il a alors co-fondé la Coopérative Oasis dont il est président directeur général.

Mathieu est également impliqué dans plusieurs lieux : coordinateur du Centre Amma/la Ferme du Plessis, fondateur et représentant légal de l’écohameau du Plessis et fondateur et ancien président de la coopérative CitéCoop qui gère plusieurs tiers-lieux à Paris.

Au fil des années, il a contribué à l’émergence de plus d’une centaine d’oasis et développé une connaissance approfondie des différents modèles, juridiques comme humains.

Mathieu est un accompagnateur hors pair pour aider à la structuration et au développement de projets collectifs.