Suite aux premières Journées d’Oasis à Oasis qui se sont déroulées à Arvillard en Savoie, du 8 au 10 octobre 2021, Lhündrup, un des hôtes de l’évènement, a souhaité partager les réflexions, les « pépites » que lui ont inspiré ces rencontres…
Merci, félicitation et hommage aux oasis pour ces journées organisées par la Coopérative Oasis que l’écolieu d’Avallon (Rimay Ling), a eu l’honneur et le plaisir d’accueillir. Cette réunion d’un peu plus d’une centaine de personnes, uniquement réservée à des habitants (et non des sympathisants ou des projets en cours de construction) a été un très riche et inspirant moment de rencontres et de partages autour des visions, des difficultés, des ressources, des passions et des joies qui se vivent dans les oasis qui fleurissent dans toute la France.
En guise de remerciement et pour contribuer aux partage des idées, notamment à propos d’un éventuel manifeste des oasis , voici quelques sentiments nés de ces belles et fécondes journées :
La Terre est l’écolieu que nous habitons. Habitat et habitants sont interdépendants. Si la Terre, par notre avidité prédatrice, n’était plus en mesure d’être l’écohabitat de nos vies, personne ne survivrait 5 minutes . Mille mercis donc aux vaillantes et vaillants grâce à qui les oasis fleurissent en tous lieux. Les oasis sont, mutas mutandis , cet écolieu à l’échelle locale abritant les foyers de nos vies individuelles, familiales et sociales. Peut-être sont-ils tout simplement, comme l’évoquait Monsieur le maire d’Arvillard, la renaissance de villages où se redécouvre l’écologie naturelle de la vie humaine entre ciel et terre ?
« Lorsque ceci est, cela est ; lorsque cela émerge, ceci émerge ; lorsque ceci n’est pas, cela n’advient pas ; la cessation de cela entraîne la cessation de ceci.»
Bouddha Sakyamuni
Majjhima Nikaya I, p 134, in Martine Batchelor & Kerry Brown « Buddhism and Ecology », Cassel Publisher, USA, 1992.
Inspiré par la quête de bonheur et d’harmonie qui anime le cœur humain depuis l’aube des temps mais aussi héritier de la révolution gandhienne, des idéaux révolutionnaires de 89 et 68, des espoirs altermondialistes, de l’économie sociale et solidaire et de l’écologie profonde, les oasis catalysent un faisceau d’alternatives créatrices d’avenir. Associations, sociétés, parents, enfants, bioingénieurs, artisans, paysans, poètes, les personnes physiques et morales des oasis sont résolument modernes au sens où elles répondent avec lucidité et pragmatisme aux grands enjeux de notre temps. Surtout, les oasis sont le fruit de la liberté d’agir, des déterminations personnelles et de l’intelligence collective. Ouvert, non sectaire et sans arrogance, le génie, les vertus et les expériences développés dans les oasis forment le creuset où s’élabore concrètement le mode de vie nécessaire aux défis de notre époque. À l’horizon des effondrements annoncés, les oasis sont des phares de la transition écologique. Ils indiquent les sentiers réalistes d’une nouvelle voie vers l’avenir.
Aujourd’hui, les doux rêveurs continuent à penser que quelques vertes et « durables » mesures suffiront, les réalistes créent des oasis de longue vie.
Le point saillant, me semble-t-il, est que chacun d’entre nous est libre aujourd’hui de surmonter les habitudes et injonctions de la société techno scientifique, consumériste et bureaucratique et son économie prédatrice par un geste décisif : OASIS. Le geste n’est pas normatif, il est libre et consenti. Il peut prendre différentes formes. Il commence souvent par une inspiration qui vient du cœur. Nous pouvons toujours et partout faire le pari de la générosité, de la coopération et de l’audace. Nous pouvons toujours et partout commencer par faire de notre vie une oasis pour nous même et notre environnement, ici et maintenant, là où nous sommes. Si les conditions d’un lieu de vie ne sont pas immédiatement réunies nous pouvons transformer notre mentalité et parallèlement contribuer d’une façon ou d’une autre à l’élaboration d’écolieu ou d’écosystèmes résilients et progressivement initier ou rejoindre des collectifs existant.
« L’écologie, entendue au sens large, met en évidence l’interdépendance fondamentale de tous les phénomènes et notre intégration (donc en définitive notre dépendance) aux processus cycliques de la nature, en tant qu’individu et que société. »
Fritjof Capra, La Toile de la Vie, éd. Du Rocher, 2003
Un autre point saillant, de ses journées fut, de mon point de vue, la discussion autour d’un éventuel manifeste des oasis. Il y était notamment question : d’unité et de diversité , de changement intérieur , de souveraineté , de chemin de vie, etc.
Au cours des échanges, la diversité est apparue comme la richesse reconnue et revendiquée des oasis. Craignant l’uniformisation, l’exclusion ou même le totalitarisme, il semblait par contre difficile d’envisager l’unité.
Pourtant cette unité existe belle et bien dans une myriade d’aspirations et de qualités partagées par les membres des oasis. Souhaitons-nous pour autant, promouvoir une vision du monde, une philosophie, un état d’esprit, une praxis, un nouveau contrat social incluant la nature et l’écologie ? De fait, cela semble être le cas : les cinq piliers existant des oasis sont déjà un étendard significatif.
« Le ciel et la terre, les dieux et les hommes sont liés entre eux par une communauté, faite d’amitié et de bon arrangement, de sagesse et d’esprit de justice, et c’est la raison pour laquelle, à cet univers, ils donnent, mon camarade, le nom de cosmos, d’arrangement, et non celui de dérangement non plus que de dérèglement. »
Platon, Gorgias, 507 e – 508 a.
L’unité comme la diversité peut se comprendre à partir de l’expérience. Il ne s’agit pas d’une unité dogmatique mais d’une unité d’expérience. Nous pourrions affirmer l’unité des valeurs humaines universelles, mais aussi l’unité du vivant et de la nature dans une sorte de « philosophie du vivant ». Philo comme « philia » amour, amitié, bienveillance, non-violence, altruisme, éthique, et Sophia comme sagesse, compréhension, intelligence, connaissance ; Vivant comme Nature, ce qui relève de l’unité de la Nature dont nous sommes les enfants.
Cette reconnaissance de l’unicité du vivant est le point crucial d’un nouveau paradigme écologique holistique qui inclut l’esprit humain dont la séparation est sans doute la racine de tous nos déboires. L’unité dans la diversité est un des secrets de la vie. Nous la conjuguons dans notre expérience à chaque instant, biologiquement et socialement, il suffirait de la vivre aussi dans ces implications éthiques et spirituelles. C’est-à-dire dans les relations à soi-même, aux autres et à l’environnement et dans la connaissance de notre propre esprit . Les guerres naissant dans l’esprit des hommes c’est dans l’esprit des hommes qu’il faut élever les défenses de la paix , dit la devise de l’UNESCO. C’est aussi dans l’esprit des hommes que naît la crise écologique. C’est donc dans l’esprit et le cœur des hommes qu’il faut cultiver les sources de l’harmonie naturelle.
Dans cette perspective nous pourrions méditer, réfléchir à ce qui était évoqué lors de l’atelier autour d’un manifeste des oasis. Les questions de changement intérieur, de chemin de vie, de souveraineté pourraient ainsi être envisagées à la lumière de l’unité du vivant , de la nature et de la diversité de ses manifestations.
Beaucoup de ressources sont à notre disposition pour nourrir cette méditation, je pense en particulier à l’œuvre d’Edgar Morin, aux saillies lumineuses d’Aurélien Barau, mais aussi aux enseignements millénaires des sagesses d’Orient et d’Occident et des traditions premières.
« La pratique de la pleine présence change notre relation à la nature. Elle nous en rapproche et nous fait communier avec elle. Elle nous fait nous sentir véritablement « enfant de la nature. »
Denys rinpoché, Le grand livre de la pleine présence, Albin Michel, 2019, p. 324.
Nous proposons ainsi à l’Agora des oasis, un débat, un concile (!) sur l’unité dans la diversité du vivant et ses implications existentielles. La thèse que nous proposons de défendre à partir de l’oasis d’Avallon serait : L’Unité de la nature vivante inclut l’esprit humain . Elle peut se vivre avec bonheur dans l’expérience du cœur, dans l’expérience profonde de la pleine présence à la réalité et dans la diversité de ses expressions. L’expérience et la vision de l’unité dans la diversité est à la fois immémoriale et contemporaine, humaniste et naturelle. Ces implications existentielles nous encouragent à la connaissance de soi et à l’altruisme dont nous avons besoin aujourd’hui pour contribuer au développement des oasis et à leur rayonnement pour le bénéfice de chacun et de tous, pour la grande transition intérieure et extérieure qui s’impose.
Merci encore et en particulier aux lumières de Gabrielle et Mathieu pour l’inspiration, l’animation et organisation de ces journées et pour le soutien réaffirmée de la Coopérative Oasis à la réflexion sur la rénovation du site d’Avallon. Merci aussi de tout cœur à l’enthousiasme énergique et efficace de Kado, Céline et de toute l’équipe d’Avallon qui ont rendu possible cette réunion et tous ces bienfaits.
Pour aller plus loin
Bilan des Journées Oasis à Oasis 2021
Rimay Ling (ex-Karma Ling) – écosite d’Avallon
Buddha University
