Climat, lien social, travail : des études montrent que les oasis profitent à tous !

Il existe aujourd’hui en France plus de mille collectifs de vie et de travail tournés vers l’écologie. Au fil des années, nous avons constaté les effets vertueux de ces projets sur les territoires : ils créent du lien social, répondent aux enjeux écologiques locaux, rénovent le patrimoine, s’impliquent dans la vie citoyenne locale… Tout l’enjeu désormais est de mesurer scientifiquement cet impact social et environnemental déjà constaté empiriquement.

La Coopérative Oasis a pour cela initié des travaux de recherche, qui viennent s’ajouter aux quelques études déjà réalisées. Tour d’horizon de ce que l’on sait et de ce que l’on veut savoir de l’impact social et environnemental des oasis !

 

Crédit : Alena Koval / pexels.com

 

Un bilan carbone divisé par deux quand on vit en oasis

En 2016, Colibris et Carbone 4 ont réalisé une étude sur l’empreinte carbone d’un habitant d’Oasis en passant au crible les données de 6 oasis situées partout en France. Le résultat était clair : un habitant d’oasis émettait alors deux fois moins de gaz à effet de serre qu’un Français moyen. La construction écologique des habitations, la mutualisation des espaces et des outils, ou encore un mode de vie plus sobre étaient les causes de ces émissions réduites. En 2021, BL Evolution réalisera pour la Coopérative Oasis un bilan carbone approfondi d’une dizaine d’écolieux. Les résultats prévus pour la fin de l’année viendront affiner ceux de 2016.

Crédit : Carbone 4

Une participation active à la vie citoyenne locale

Des entretiens menés en 2021 par les étudiants chercheurs du sociologue Guillaume Faburel ont permis d’enquêter sur les relations entre écolieux et collectivités locales. Si des difficultés ont été constatées dans certains cas du fait de l’indifférence voire parfois de la méfiance des habitants historiques de la commune, de nombreux projets ont pu insuffler une dynamique citoyenne et écologique dans leur commune. A l’image d’Ecoravie, installée à Dieulefit, ville dont le Maire s’est réjouit de l’intégration des habitants de l’éco-lieu dans un tissu associatif, ayant contribué à le dynamiser. Ces derniers ont même finalement pris part à l’élaboration d’une liste citoyenne élue aux dernières municipales.

Une baisse significative de la consommation d’énergie grâce à des constructions bioclimatiques

Des chercheurs associés à l’Ademe ont tenté d’évaluer, entre autres, les bénéfices environnementaux de l’habitat participatif « Mascobado », situé à Montpellier. Il résulte de leur étude que la conception bioclimatique des bâtiments (orientation sud, inertie, protections solaires et logements traversants) et le choix de matériaux naturels par les habitants (briques de terres cuites, bois, etc.) ont permis une baisse significative de la consommation d’énergie tout en maintenant un niveau de confort très satisfaisant. Les consommations d’eau, d’électricité et de chauffage sont notamment inférieures aux moyennes habituelles – la consommation d’eau des habitants est par exemple en moyenne de 67 m³/ménage/an, en dessous de la médiane du département établie à 90 m³.

Un cadre de travail qui invente de nouvelles pratiques

En 2019, la Fondation de France a permis de passer l’écolieu Jeanot au crible d’une recherche-action d’un an. La façon d’y travailler a notamment été observée. À l’écolieu Jeanot, cinq personnes sont salariées à 35h/semaine, en CDD ou en CDI et gagnent un peu plus du SMIC (autour de 1450€ net/mois). Tous reconnaissent un cadre de travail agréable et sécurisant où chacun est libre de proposer et d’organiser des projets qui l’intéressent. « En effet, chacun estime son collègue comme “capable” et une grande marge de manœuvre est laissée aux salariés. Ces derniers sont donc responsables de faire remonter les informations qu’ils estiment importantes de transmettre au collectif pour en discuter.(…) La veille mutuelle portée sur les activités de chacun ne va pas dans le sens d’un “flicage”. » L’emploi du temps est établi par chacun en fonction de ses besoins selon un fort principe de confiance.

Crédit : Eva Timone-Martinez / Ecolieu Jeannot

Aller plus loin dans la mesure…

Nous avons décidé de missionner des chercheurs pour qu’ils approfondissent ces bribes d’étude d’impact des oasis sur leurs territoires. En plus du bilan carbone mené par BL Evolution, quatre études vont donc être enclenchées en 2021 par la Coopérative Oasis qui contribue financièrement et/ou humainement à chacune de ces études :

  • L’impact social des oasis sera mesuré par l’équipe de chercheurs du Campus de la Transition avec le soutien de l’Ademe et de Fonds de Solidarité Européen. Une étude préliminaire présentait déjà les enjeux de cette mesure inédite.
  • La Bergerie de Villarceaux mènera une étude comparative de l’impact social et environnemental d’une dizaine d’écolieux français.
  • La Coop des Communs mènera un travail autour de l’impact des oasis sur la création de communs en France, ainsi que sur les innovations en termes de gouvernance de communs.
  • La Bergerie de Villarceaux crée un indicateur pour mesurer l’impact des oasis sur la préservation de la biodiversité menacée aujourd’hui en France.

Le philosophe et théologien Michel de Certeau parlait en son temps des « tactiques de résistance par lesquelles on peut détourner les objets et les codes, se réapproprier l’espace et l’usage ». Il englobait ces tactiques alternatives émancipatrices sous l’appellation « arts de faire ». À bien des égards, les oasis sont aujourd’hui des « arts de faire » qui bénéficient déjà à l’ensemble de la société et ont pour vocation de la guider vers des pratiques plus vertueuses. Le premier pas est donc d’objectiver ces pratiques et leur portée : il s’agit là d’un véritable projet politique.


Pour en savoir plus

  1. Empreinte carbone habitant d’un Oasis, Carbone 4 / Colibris, 2016
  2. Enquête sur l’installation d’éco-lieux, l’insertion dans la vie locale, les relations aux autorités locales, sous la direction de Guillaume Faburel, Université Lyon 2 / Coopérative Oasis / Ademe, 2021.
  3. Analyse et suivi des bénéfices environnementaux, économiques et sociaux de l’habitat participatif « Mascobado », rapport après deux ans de vie de la résidence, Ademe / Adret / Cerfise, Janvier 2019.
  4. La valeur et la durabilité technico-économique, sociale et écologique de l’écolieu Jeanot, recherche-action d’Eva Timone-Martinez, Fondation de France / Écolieu Jeanot, Octobre 2019.

Sur le même thème

Le chemin de l'eau intérieur

Le chemin de l’Eau

Une école d’été européenne autour de la question de l’eau à Northern Lights, un lieu porté sur l’apprentissage et l’autonomie alimentaire et énergétique.

Lire la suite »

SCI, SCIC, SCOP, allez hop…

Dans le monde en pleine expansion des écolieux et habitats participatifs, le choix de la structure juridique est une étape cruciale, souvent délicate car elle vient interroger notre rapport à l’argent, à la propriété, au capital, la fiscalité et aux autres.

Lire la suite »

Recevez 5 extraits sur 5 thèmes du prochain livre de la Coopérative Oasis

– Le changement de vie
– L’enfance
– Le bien vieillir
– La gestion des conflits
– La démocratie

Contactez-nous

Daphné Vialan

Daphné Vialan

Daphné Vialan est passionnée par la vie en collectif et le vivre-ensemble. Elle a habité plusieurs années à l’Arche de Saint-Antoine, et habite maintenant au sein d’un collectif en formation au Nord d’Agen.

Elle accompagne des collectifs à prendre soin de leurs relations au sein de la Coopérative Oasis.

Son expérience personnelle, alliée à ses multiples formations (CNV, gouvernance partagée, dynamique de groupe, transformation constructive des conflits, Processwork et Clean Coaching) font de son travail une combinaison unique qui réunit le cœur et la tête.

Ludovic Simon

Ludovic Simon

Ludovic habite à Saillans, dans la belle vallée de la Drôme, au sein d’un écohameau où il a autoconstruit sa propre maison en ossature bois.

Passionné par les dynamiques de coopération et de gouvernance partagée, il est investi dans différents projets collectifs dont l’école Montessori « Que la Joie Demeure » qu’il a présidé pendant 6 ans.

Entrepreneur dans sa vie d’avant, il a cofondé plusieurs initiatives coopératives et associatives, dont une entreprise en gouvernance partagée dans le domaine de l’emploi (8 salariés) et un tiers-lieu de 3000 m² à Nantes (La Cantine).

Il a accompagné plus de 100 écolieux en projets ou existants depuis 2021.

Ramïn Farhangi

CooperativeOasis_Ramin_Village de Pourgues

Après une première expérience comme consultant en stratégie auprès de directions générales, Ramïn s’est tourné vers l’éducation pour agir sur les enjeux sociétaux à la racine.

Il a d’abord enseigné au collège et au lycée, avant de fonder une école Dynamique à Paris en 2015 puis l’écovillage de Pourgues en Ariège en 2017. Cette expérience l’a conduit à transmettre et accompagner d’autres collectifs.

Depuis 2018, il a formé plus de 250 personnes et accompagné plusieurs projets sur les questions de raison d’être, gouvernance, organisation et transformation des conflits.

Coralie Darsy

Portrait Coralie Darsy

Après quelques années d’ingénierie dans l’eau et l’environnement, Coralie a été éducatrice Montessori.

En 2021, elle devient bénévole à la Coopérative Oasis pour lancer la Pépinière Oasis, puis rejoint pleinement l’équipe en 2022 pour coordonner les formations.

 

Mathieu Labonne

Mathieu a été chercheur sur les changements climatiques puis consultant en gouvernance carbone avant de diriger l’association Colibris de 2014 à 2020, où il a initié et coordonné le projet Oasis. Il a alors co-fondé la Coopérative Oasis dont il est président directeur général.

Mathieu est également impliqué dans plusieurs lieux : coordinateur du Centre Amma/la Ferme du Plessis, fondateur et représentant légal de l’écohameau du Plessis et fondateur et ancien président de la coopérative CitéCoop qui gère plusieurs tiers-lieux à Paris.

Au fil des années, il a contribué à l’émergence de plus d’une centaine d’oasis et développé une connaissance approfondie des différents modèles, juridiques comme humains.

Mathieu est un accompagnateur hors pair pour aider à la structuration et au développement de projets collectifs.