TERA : l’autonomie dans un rayon de 30 km

Porté par une cinquantaine d’hommes et de femmes depuis 2014, Tera est un projet expérimental situé dans le Lot-et-Garonne. Une ferme, un écohameau, un centre de formation et d’autres activités économiques seront à terme répartis sur trois lieux différents, dont un a été acheté grâce à un apport financier de la Coopérative Oasis. L’objectif ? l’autonomie et la résilience d’un territoire sur un rayon de 30 km. Tour d’horizon d’un projet unique en France par son approche globale.

Chantier à Tera

Réunir les toutes les solutions alternatives citoyennes dans une seule oasis

« On n’était pas satisfaits de notre vie à Marseille, raconte Armelle, membre du collectif de Tera. Avec le travail, mon mari et moi ne nous voyions presque plus, ni les enfants ; on était tout le temps fatigués et on n’appréciait même plus les rares moments passés ensemble.

Je me souviens avoir eu une sorte de déclic : je marchais dans la rue avec ma petite fille qui me parlait, et je n’arrivais pas à l’entendre, à cause de bruit… Je me suis dit que ça n’était plus possible, qu’il fallait que nous changions d’environnement. À Tera, nous avons finalement trouvé ce que nous cherchions. »

Une partie du collectif de Tera
Tera

En effet, si Tera constitue la promesse d’une vie plus sobre et plus heureuse pour beaucoup de ses membres, le projet ne se limite pas à cela. Il s’agit aussi et avant tout d’une expérimentation – en témoigne le conseil scientifique d’une dizaine de spécialistes (en économie, géographie, philosophie…) qui accompagne et documente la recherche.

Car Tera entend trouver le moyen de réunir en un seul lieu toutes les solutions déjà mises en œuvre par la société civile pour répondre aux enjeux écologiques de notre temps. Agro-écologie, monnaie locale et revenu de base, écoconstruction, énergie renouvelable, gouvernance partagée, mobilité en partage… toutes ces initiatives, que l’on trouve aujourd’hui disséminées, ont vocation à être rassemblées dans le Lot-et-Garonne pour bâtir un écosystème coopératif résilient.

Un jeu collectif pour comprendre le projet de Tera

D’un tour de France à vélo en solitaire à l’emménagement d’une cinquantaine de personnes à Tournon d’Agenais

Tout commence par un tour de France en tricycle. En 2013, Frédéric Bosqué décide de sillonner le pays pour faire connaître le revenu de base et découvrir les alternatives existantes. « En revenant, je me suis dit qu’en fait, la révolution avait eu lieu. Il fallait juste aider tous ceux qui la faisaient déjà jour après jour. » Trois autres tours de France à vélo plus tard, Frédéric et une fine équipe s’installent dans une ferme qu’un donateur leur propose à Masquières, dans une zone rurale à revitaliser.

Le tour de France de tera

Aujourd’hui, 50 personnes sont installées dans la région pour participer à Tera, dont 25 sont très investies dans le quotidien du projet. « Nous habitons tous à Tournon d’Agenais, siège social de l’association. Dans ce village de 750 habitants, on fait déjà l’expérience d’une vie de voisinage très forte, on ne peut pas sortir sans croiser quelqu’un de Tera. » explique Armelle, future habitante.

Chantier à Tera

Deux lieux commencent à être aménagés par le groupe : la ferme de Lartel à Masquières où se mettent en place le maraîchage en permaculture, la forêt jardin, la future boulangerie et la maison qui sert de gîte aux volontaires et gens de passage. Sur un deuxième terrain, à Trentels, les travaux du centre de formation à l’écoconstruction ne vont pas tarder à démarrer…

Quand autonomie ne rime pas avec autarcie

Derrière le terme “d’écosystème coopératif résilient” se cache une ambition : relocaliser toutes les réponses aux besoins vitaux dans un rayon de 30 km autour des trois lieux.

« Attention, on distingue les notions d’autonomie et d’autarcie ! explique Delphine, membre du projet. On souhaite aller le plus loin possible vers l’autonomie alimentaire et énergétique, c’est vrai. Mais il ne s’agit surtout pas de se fermer au reste du monde. Tera s’inscrit pleinement dans la République et la citoyenneté ! »

Chantier à Tera

Tera est en effet en lien avec de nombreux représentants politiques, de la commune à l’Europe, de même qu’avec l’administration et les habitants du coin. Marie-Hélène précise : « C’est avec le l’échelon local que c’est le plus difficile. Il faut du temps pour établir de la confiance… »

Frédéric renchérit : « Je crois que ma plus grande satisfaction, a été de voir le voisin enlever sa pancarte « Non à l’écohameau » 3 ans après l’avoir accrochée. À force de discussion et d’écoute, les gens ont fini par nous croire quand on leur expliquait qu’on n’était pas venus ici pour les emmerder » raconte Frédéric.

Repas à Tera

L’intégration de Tera entend aussi être économique. La coopérative d’achat “Garde-manger” implique déjà des producteurs extérieurs à la ferme de Lartel, installée sur le premier terrain du Tera, à Masquières. En sens inverse, toute la production de la ferme de Lartel n’est pas destinée qu’aux seuls habitants de Tera. « En fait, avec Tera, il s’agit moins de créer un mode de vie communautaire que d’inventer une façon de vivre ensemble localement 2.0, résume Frédéric. »

Et tout l’enjeu est là : animer une coopération entre les acteurs d’un territoire pour construire tous ensemble des solutions locales, qui amènent des investissements, de la production, des services…

Travaux aux champs à Tera

Les difficultés du travail en collectif

Cependant, un projet collectif d’une telle ampleur ne se déroule pas sans difficultés majeures. L’organisation du travail est aujourd’hui un véritable défi pour le groupe. Il s’agit d’une part de parvenir à faire porter la responsabilité du projet sur plusieurs membres en même temps, afin que sa pérennité ne repose pas sur les épaules d’une seule personne. D’autre part, les futurs habitants du collectif font le constat d’une tendance à travailler les uns à côté des autres mais en silo, sans vraiment coopérer ni faire circuler suffisamment l’information.

Liée à cette organisation du travail compliquée, la gouvernance du groupe est une question majeure. En perpétuel mouvement et redéfinition, elle reste un défi colossal pour ceux qui veulent vivre et travailler de concert. « On a connu pas mal de situations où des personnes se sont retrouvés en souffrance dans le projet. À chaque fois, le collectif s’est mobilisé pour apporter son soutien indéfectible. Malgré toutes les difficultés, c’est pour moi, déjà, la plus grande réussite de Tera conclut Delphine. »

Soirée à Tera

Un financement participatif est d’ailleurs en cours pour financer la construction du centre de formation à l’éco-construction sur le site Internet dédié au projet de quartier rural :

lustrac-en-transition.coop


Pour aller plus loin

À Lire : Tera
Paillettes et Grelinette #11 : TERA

www.tera.coop

lustrac-en-transition.coop

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Daphné Vialan

Daphné Vialan

Daphné Vialan est passionnée par la vie en collectif et le vivre-ensemble. Elle a habité plusieurs années à l’Arche de Saint-Antoine, et habite maintenant au sein d’un collectif en formation au Nord d’Agen.

Elle accompagne des collectifs à prendre soin de leurs relations au sein de la Coopérative Oasis.

Son expérience personnelle, alliée à ses multiples formations (CNV, gouvernance partagée, dynamique de groupe, transformation constructive des conflits, Processwork et Clean Coaching) font de son travail une combinaison unique qui réunit le cœur et la tête.

Ludovic Simon

Ludovic Simon

Ludovic habite à Saillans, dans la belle vallée de la Drôme, au sein d’un écohameau où il a autoconstruit sa propre maison en ossature bois.

Passionné par les dynamiques de coopération et de gouvernance partagée, il est investi dans différents projets collectifs dont l’école Montessori « Que la Joie Demeure » qu’il a présidé pendant 6 ans.

Entrepreneur dans sa vie d’avant, il a cofondé plusieurs initiatives coopératives et associatives, dont une entreprise en gouvernance partagée dans le domaine de l’emploi (8 salariés) et un tiers-lieu de 3000 m² à Nantes (La Cantine).

Il a accompagné plus de 100 écolieux en projets ou existants depuis 2021.

Ramïn Farhangi

CooperativeOasis_Ramin_Village de Pourgues

Après une première expérience comme consultant en stratégie auprès de directions générales, Ramïn s’est tourné vers l’éducation pour agir sur les enjeux sociétaux à la racine.

Il a d’abord enseigné au collège et au lycée, avant de fonder une école Dynamique à Paris en 2015 puis l’écovillage de Pourgues en Ariège en 2017. Cette expérience l’a conduit à transmettre et accompagner d’autres collectifs.

Depuis 2018, il a formé plus de 250 personnes et accompagné plusieurs projets sur les questions de raison d’être, gouvernance, organisation et transformation des conflits.

Coralie Darsy

Portrait Coralie Darsy

Après quelques années d’ingénierie dans l’eau et l’environnement, Coralie a été éducatrice Montessori.

En 2021, elle devient bénévole à la Coopérative Oasis pour lancer la Pépinière Oasis, puis rejoint pleinement l’équipe en 2022 pour coordonner les formations.

 

Mathieu Labonne

Mathieu a été chercheur sur les changements climatiques puis consultant en gouvernance carbone avant de diriger l’association Colibris de 2014 à 2020, où il a initié et coordonné le projet Oasis. Il a alors co-fondé la Coopérative Oasis dont il est président directeur général.

Mathieu est également impliqué dans plusieurs lieux : coordinateur du Centre Amma/la Ferme du Plessis, fondateur et représentant légal de l’écohameau du Plessis et fondateur et ancien président de la coopérative CitéCoop qui gère plusieurs tiers-lieux à Paris.

Au fil des années, il a contribué à l’émergence de plus d’une centaine d’oasis et développé une connaissance approfondie des différents modèles, juridiques comme humains.

Mathieu est un accompagnateur hors pair pour aider à la structuration et au développement de projets collectifs.