Vivre de façon écologique et collective est une pratique qui a le vent en poupe… Aujourd’hui, une seule carte réunit Oasis, habitats participatifs et quelques tiers lieux, co-portée par Habitat Participatif France et la Coopérative Oasis. Elle réunit près de 1000 lieux et projets… qui se donnent volontiers les noms les plus divers ! Écohameaux, écohabitat, oasis, habitat participatif, habitat groupé, tiers-lieu écologique, ferme collective… La différence est-elle purement sémantique ou ces lieux sont-ils vraiment distincts les uns des autres ? Qu’est-ce qui différencie réellement une oasis d’un habitat participatif ? Un tiers-lieu écologique d’un habitat groupé ? Tour d’horizon de l’habitat collectif et écologique en France !

Volume / Grain & Sens

Petit lexique

  • Habitat Participatif : des personnes se regroupent pour imaginer et réaliser un habitat collectif combinant espaces privés et espaces communs, avec un projet collectif de solidarité et mutualisation
  • Habitat partagé, groupé : les noms précédemment utilisés, aujourd’hui réunis par le terme habitat participatif, consacré par la loi instituant ces formes alternatives d’habitat
  • Oasis : des lieux de vie et/ou d’activité, collectifs et écologiques ; orientés vers l’autonomie énergétique et alimentaire, ils associent habitat et activités agricoles et/ artisanales pour la plupart d’entre eux
  • Tiers lieux : un espace de travail partagé et collaboratif, un lieu intermédiaire de rencontres et d’échanges informels ; ils peuvent être des Oasis et sont quelquefois intégrés à des habitats participatifs

L’habitat participatif : un réseau issu des années 70, en forte expansion depuis les années 2010

Depuis les années 70, on assiste à une recrudescence des habitats collectifs auxquels s’ajoutent une forte dimension écologique. Il existe aujourd’hui trois grands réseaux en France : l’habitat participatif, les Oasis et les tiers-lieux.

Au fil du temps, les expériences d’habitat collectif autogéré, en autopromotion et /ou en auto construction, ou encore portés par des maitrises d’ouvrage associant citoyens et bailleurs sociaux, se sont multipliées. Résurgences des utopies collectives du XIXème, elles ont été nourries par les mouvements des Castors de l’après- guerre, puis par les mouvements autogestionnaires des années 70.

Le mouvement pour l’habitat groupé autogéré (MHGA) né dans les années 70 fédère des groupes de citoyens désireux de concevoir, créer et gérer leur habitat collectivement ; combinant espaces privatifs et espaces communs, en cohérence avec leurs moyens et leurs aspirations, ils développent des pratiques de solidarités, de mutualisation entre eux et ouvertes sur leur environnement. En 2006 les coopératives d’habitants se structurent en fédération et viennent compléter les formes juridiques possibles de constitution de ces projets, en mettant l’accent sur la non spéculation et l’accès pour tous à ces formes plus collectives d’habitat. Progressivement ces mouvements se rapprochent et s’organisent au sein d’une Coordination nationale qui contribue à l’élaboration de la Loi Alur, qui en fixe les deux formes principales : les Sociétés d’Attribution et d’Autopromotion, et les Coopératives d’Habitants.

©Alexandre Sattler

A partir des années 2010, les projets se multiplient avec une forte aspiration à générer des projets ayant une qualité environnementale (en neuf comme en rénovation) et à se structurer sur le développement d’usages durables en sus d’être porteurs de solidarités et mutualisation .Ils se réalisent en milieu urbain et péri urbain, dans les grandes agglomérations comme dans les petites villes et en milieu rural, et peuvent accueillir dans leurs espaces communs des activités associatives extérieures, ou offrir des hébergements d’accueil. Ils peuvent être conçus comme des projets intergénérationnels, regrouper des retraités ou s’inscrire dans une dimension inclusive, se développer en locatif social ou dans des programmes mixtes. Petits collectifs de 5 logements ou plus grands ensembles de 20 à 30 logements, ils sont réunis par un désir « d’habiter autrement » avec leurs voisins et leurs territoires et d’être acteurs engagés des dynamiques locales.

En 2019 le mouvement et l’ensemble des acteurs qui y contribuent deviennent «Habitat Participatif France».

©PatrikLazic

En 2014 la loi ALUR a défini l’habitat participatif comme « une démarche citoyenne qui permet à des personnes physiques de s’associer, le cas échéant avec des personnes morales, afin de participer à la définition et à la conception de leurs logements et des espaces destinés à un usage commun, de construire ou d’acquérir un ou plusieurs immeubles destinés à leur habitation et, le cas échéant, d’assurer la gestion ultérieure des immeubles construits ou acquis. »

À partir ses années 2000, les Oasis se multiplient, davantage tournées vers la terre et l’autonomie

Aujourd’hui porté par la Coopérative Oasis, les oasis sont des lieux de vie et d’activité collectifs et écologiques. Plutôt montés au cœur de territoires ruraux, ces habitats collectifs peuvent se différencier des habitats participatifs en ce qu’ils se doublent souvent d’activités agricoles ou artisanales. L’autonomie représente aussi bien souvent pour les oasis une intention forte.

©PatrikLazic

Développé au sein du Mouvement Colibris à partir des années 2000, le terme d’oasis n’est pas un label mais une appellation définie par cinq grands critères. • L’autonomie alimentaire : il s’agit de poser l’intention de travailler la terre et de produire ce qu’on consomme grâce à des méthodes de cultures respectueuses du vivant, comme l’agroécologie. • L’autonomie énergétique : pour répondre aux besoins du lieu, tout en limitant les besoins et en travaillant la sobriété. • La mutualisation : l’idée est de mettre en commun les ressources pour limiter son impact sur l’écosystème et gagner en confort de vie. • La gouvernance partagée : pour que chaque membre du collectif soit respecté dans ses besoins et ses désirs. • L’ouverture vers l’extérieur : en partant du principe que le modèle d’abondance peut irriguer le territoire. Sans faire de plaidoyer pour promouvoir leur démarche, les lieux restent ouverts pour diffuser leurs pratiques.

Ces cinq dimensions forment un socle cohérent, et il n’y a pas un critère plus important qu’un autre. La caractéristique principale du réseau des oasis est sa diversité : le but est que chaque personne puisse créer le lieu dont elle a envie – et cela va du monastère au lotissement familial, d’un lieu d’une seule bâtisse à d’autres avec plusieurs maisons ou des habitats légers (tiny houses, yourtes…), des collectifs plus ou moins engagés politiquement.

Les tiers-lieux dans le sillage de l’Economie Sociale et Solidaire

Pour ce qui est des tiers-lieux, la plupart sont nés de l’impulsion de travailleurs indépendants du secteur de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS) désireux de se regrouper. Initialement, c’était pour partager un espace de travail (ou coworking, qui est avant tout une modalité d’organisation du travail), soit un bureau, un atelier, un fablab. Puis cela s’est étoffé avec d’autres types d’activités : culturelles, de domiciliation d’entreprises, de café associatif, librairie, jardin partagé, boutique partagée, galerie, salle de réception, etc. Formellement, il s’agit donc d’un espace de travail partagé et collaboratif, d’un lieu intermédiaire de rencontres et d’échanges informels, d’un espace de sociabilité mis en œuvre par un collectif, au service d’un territoire.

©PatrikLazic

D’un point de vue historique les tiers-lieux s’inscrivent dans le mouvement d’idées du socialisme utopique : réconcilier les temps de vie, produire des communs, favoriser l’épanouissement et l’émancipation des individus, selon des principes démocratiques et solidaires. Conceptualisé dans les années 1980 par le sociologue urbain américain Ray Oldenburg, un tiers-lieu est censé être ouvert à tous, abordable et flexible avec une large prise en compte de l’individu, de sa capacité à adhérer, à s’adapter et à créer son projet au sein d’une communauté ouverte et porteuse d’une forte culture du collectif.

L’accueil inconditionnel du public est un principe fondateur pour de nombreux tiers-lieux, surtout dans les territoires ruraux où ces lieux sont des espaces pour organiser de nombreuses activités dont l’accès est plus aisé qu’en allant à la ville. Ils permettent de croiser des mondes qui ne se seraient pas rencontrés par ailleurs et de favoriser des échanges.

Une seule carte pour tous les lieux !

L’intention de vivre en collectif et de prendre soin des hommes et des écosystèmes est un socle commun très fort à tous ces types de lieux. Ils prennent donc des formes très variées : allant de l’éco-village en milieu rural, aux habitats participatifs intergénérationnels, aux tiers-lieux ruraux ne proposant pas d’habitat. Ces lieux se donnent les noms qu’ils veulent se donner et ont souvent des identités multiples. Il n’est donc pas rare qu’ils s’inscrivent dans un ou plusieurs réseaux en même temps et se donnent des noms divers.

Carte

Aujourd’hui, une seule carte réunit oasis, habitats participatifs et quelques tiers lieux. Co-portée par habitat participatif France et la Coopérative Oasis, elle réunit près de 1000 lieux et projets…

Co-écrit par la Coopérative Oasis et les membres d’Habitat Participatif France