Pourquoi et comment voyager vers les écolieux

Dans cet article bien documenté, Bérénice Bieuville, partage l’expérience de son voyage entamé en 2023. Un mode d’emploi plus qu’utile pour celles et ceux qui voudraient, comme elle, voyager d’écolieu en oasis. La Coopérative Oasis est ravie de lui laisser la parole pour répondre aux questions suivantes :

  • Pourquoi voyager en écolieu ? Créer ou rejoindre une oasis ?
  • Où trouver des adresses ? Comment faire son trajet ?
  • Comment ça se passe sur place ? Combien de temps y rester ?
  • Quel transport utiliser ?
  • Qu’emporter dans son sac ?
  • Quel budget ?
  • Comment tenir la durée et prendre soin de soi ?
© Oser Vert

Je teste les déplacements en stop. Ça marche et c’est l’occasion de belles rencontres ! Mais ça me fatigue beaucoup, alors je finis par lui préférer le train.

En septembre 2023, je suis partie pour 1 an de voyage à la découverte des écolieux de France… L’objectif ? Trouver un collectif à rejoindre, un territoire sur lequel m’enraciner, un projet où me déployer et dans lequel contribuer… Bref : rejoindre une oasis. Sur la route, je documente mes apprentissages et questionnements sur le faire-ensemble, je partage les lieux que je découvre et je colporte des inspirations glanées. Je réponds ici aux questions qu’on me pose le plus souvent : pour vous aider, à votre tour, à voyager vers les écolieux et découvrir les oasis !

Pourquoi voyager d’écolieu en oasis ?

Définir son intention avant de partir

Première étape indispensable avant votre voyage (et avant n’importe quel projet en fait) : clarifier votre intention.

Au fil de mon aventure, j’ai rencontré plusieurs personnes en pleine épopée. Les raisons qui nous poussent à partir sont multiples…

  • Trouver un écolieu où s’installer (c’est ma motivation première !).
  • Se former et rencontrer les bonnes personnes pour créer soi-même un écolieu.
  • S’inspirer et inspirer en partageant ces modes de vie.
  • Découvrir et/ou apprendre différents métiers : maraîchage, élevage de chèvres, apiculture, rénovation écologique, etc. Pour cela, le volontariat est idéal, via les plateformes Wwoofing ou Work Away par exemple.
  • Enquêter sur une problématique particulière — souvent pour en faire un livre ou un documentaire.
  • Être nomade, comme projet de vie en tant que tel.
  • Etc.

Mon conseil : clarifier son intention permet de ne pas se perdre en route. Parce que des oasis, il y en a plus de 1 000, rien qu’en France métropolitaine. C’est sans compter les autres occasions de s’arrêter sur la route : fermes, tiers-lieux, etc. Alors, on peut sans problème passer sa vie à voyager… Ce qui est super, si c’est vraiment ce que vous souhaitez.

Garder votre intention en tête vous permettra de choisir des étapes qui la nourrissent vraiment (et rien ne vous empêche de faire évoluer cette intention en cours de route bien sûr !).

© Oser Vert

C’est dans la forêt que je me ressource le plus. Alors, la proximité à ce bel écosystème est un de mes non-négociables pour mon futur lieu de vie !

Faut-il mieux créer ou rejoindre une oasis ?

Au début de mon voyage, j’hésitais encore entre rejoindre ou créer un écolieu… Et puis, j’arrive à l’oasis de Lentiourel, un lieu magnifique au cœur de l’Aveyron. Un corps de ferme en pierre rouge, au cœur d’une nature florissante à perte de vue. Un projet collectif qui existe depuis une dizaine d’années, qui est monté jusqu’à 30 personnes… Mais voilà : lors de ma visite en 2024, il ne reste que Jacques à porter ce projet. Toutes les autres personnes sont parties, pour diverses raisons.

Jacques se donne corps et âme pour trouver de nouveaux foyers. Pourtant, il rencontre de nombreux voyageurs et voyageuses qui font le tour des écolieux et s’arrêtent dans son écrin de verdure. « Il y a tellement de lieux aujourd’hui qu’on pourrait passer sa vie à faire le tour des oasis. Résultat : personne ne s’arrête. » Ce dont il manque, ce sont des personnes pour s’engager et vivre sur ces lieux.

C’est là que j’ai compris que beaucoup de lieux cherchent des habitantes et habitants pour réellement fonctionner, donner vie à leur vision… Et surtout, ne pas s’éteindre.

Oui, c’est essentiel d’initier de nouveaux collectifs et projets d’écolieux. Mais c’est tout aussi essentiel d’en rejoindre. Ça n’a pas moins de valeur, moins d’honneur, moins d’importance d’être soutien que pionnier. Car sans soutiens, un ou une personne instigatrice ne peut rien. Sans personnes qui y habitent, un écolieu n’est qu’un lieu.

C’est une super nouvelle : rejoindre ou créer, c’est tout aussi important, et vous pouvez choisir ce qui vous correspond le mieux !

  • Créer permet de donner vie à votre vision, monter un projet sur mesure et réunir les personnes qui résonnent avec. Cela demande de prendre des risques et intégrer les différentes idées et visions qui viendront se greffer à la vôtre. Cela demande de la patience aussi : s’entourer des bonnes personnes, trouver le lieu, procéder à l’achat, l’installation, etc. Cela fera de vous la personne source du projet, une posture qui demande humilité et persévérance : savoir garder le cap sans l’imposer, se rendre utile sans être indispensable, partir ou se retirer si c’est le moment, se mettre au service du projet sans en faire un combat d’égo, et j’en passe. (Pour en savoir plus : Passerelle Éco n° 84).
  • Rejoindre permet de savoir où vous mettez les pieds, puisque le projet existe déjà, et peut-être le lieu aussi. C’est aussi plus facile d’imaginer, avant de s’installer, comment vous pourrez intégrer le collectif et quels savoir-faire ou savoir-être vous pourrez apporter. Vous pouvez y faire une période d’essai sans trop de risques ou d’engagements. Cela demande de l’écoute, de l’observation, de l’humilité, mais aussi de l’affirmation, pour rejoindre une vision existante, en trouvant le bon équilibre pour y mettre votre patte tout en vous inscrivant dans l’héritage présent.
© Bérénice Bieuville – Oser Vert

Les différents espaces du Château de Montlaville.

Comment trouver et visiter les écolieux ?

Trouver les oasis et tiers-lieux

On me demande souvent comment je trouve les lieux que je visite.

Il y a de nombreux recensements d’écolieux :

Il existe également différentes cartes de volontariat. En revanche, ces plateformes ne recensent pas exclusivement des projets collectifs : il faudra donc enfiler vos lunettes d’enquête, et filtrer.

Le plus dur, c’est de se lancer ! Les premiers lieux, je les ai trouvés sur la plateforme Wwoofing et la carte de la Coopérative Oasis. Une fois un premier pied mis dans ce monde, j’ai avancé de bouche à oreille, découvert les lieux voisins, les collectifs préférés des personnes que je rencontrais, etc. Discuter permet de mieux se projeter et filtrer. Car sur les cartes, il y a beaucoup beaucoup de lieux !

© Bérénice Bieuville – Oser Vert

Au Coq à l’Âme, on distribue les tâches grâce au rituel de la Craie-Clochette ! Sur un grand tableau magnétique, chaque personne peut ajouter des tâches et le nombre de personnes appelées.

Choisir les étapes de son aventure

Comment choisir les quelques lieux à visiter, parmi les milliers existants ? Là encore, plusieurs options possibles. Je vous partage la mienne, mais aussi ce que j’ai entendu faire au détour de mes rencontres.

  • À partir de votre intention, définir des critères. Par exemple, si vous voulez rejoindre un écolieu, vous critères pourraient être : un lieu qui recrute, et puis ce qui est important pour votre lieu de vie et d’engagement. Quand je suis partie, je ne savais pas vraiment ce que je cherchais : mon intention, c’était donc de découvrir un spectre de possibles, pour affiner ma vision. J’ai ciblé des projets récents, d’autres qui existaient depuis plus de 10 ans, des tailles allant de 2 à 60 personnes, des engagements prenant différentes formes, etc.
  • Lire, écouter ou regarder des témoignages et visites de lieux participatifs. Pour ça, plusieurs ressources sont disponibles : les Histoires d’oasis de la Coopérative Oasis, le podcast du Permacooltour, le blog de l’Altertour, les témoignages publiés dans Passerelle Eco… Et puis, les dizaines de personnes qui voyagent à la découverte des écolieux et partagent leur épopée sur internet (comme moi par exemple ! À retrouver sur Instagram @berenice_bieuville et sur oservert.fr).
  • Parler du type de lieu et projet que vous cherchez, et faire confiance aux recommandations qu’on vous fait. J’ai un ami qui ajoute un lieu à sa liste une fois qu’on le lui a recommandé 3 fois de cette manière !
  • Suivre les hasards de la vie, au fil des rencontres, opportunités, journées portes ouvertes, événements, etc.

Ça peut être un mix de tout ça, ou une tout autre méthode. En tout cas, faites ce qui vous correspond à vous et votre projet.

© Bérénice Bieuville – Oser Vert

La ferme de Suchel.

Séjourner auprès des collectifs

À ce stade, vous avez le nom d’un ou plusieurs écolieux que vous souhaitez visiter. Et après ? On n’arrive pas chez les gens à l’improviste quand même ! Non, c’est sûr.

Plusieurs options s’offrent à vous.

  1. De nombreux écolieux font appel à des volontaires pour avancer sur leurs chantiers ou entretenir les espaces. Personnellement, j’essaye autant que possible de venir en volontariat : quelques heures de travail par jour, contre le gîte et le couvert. Au moment de contacter l’écolieu de votre choix, vous pouvez soit passer par une plateforme de volontariat (listées plus haut), soit demander spontanément s’il est possible de venir selon ce principe.
  2. En pratique, tous les lieux n’ont pas les ressources (financières, humaines) ou n’ont pas assez de tâches à déléguer pour ce format. Ainsi, je séjourne dans la plupart des lieux avec une participation consciente aux frais (logement, nourriture) — avec une recommandation entre 5 et 40 € par jour selon les lieux (en moyenne 10 € par jour je dirais). Dans ce cas, je peux suivre le rythme quotidien du collectif, mais aussi le mien ! J’aide ponctuellement selon mon élan et les besoins présents.
  3. Parfois, je viens aussi lors de journées portes ouvertes, de festivals ou autres événements sur un temps court. Ça permet de visiter les lieux, découvrir les activités et engagements du collectif, mais pas de partager réellement le quotidien de ses membres. On ne voit qu’une facette, un peu biaisée et probablement embellie, du projet. Mais ça permet de pouvoir revenir une autre fois si l’élan y est !
  4. Certains lieux reçoivent en gîte. C’est plus cher, et souvent c’est moins immersif. Mais c’est plus ressourçant puisque les hôtes n’attendent, en principe, pas de participation autre que financière. On trouve ce type d’offre sur destination-oasis.fr par exemple.
© Bérénice Bieuville – Oser Vert

Le Bidouill’Art est un laboratoire d’expérimentation et de démonstration de la vie du futur : la vie dans un contexte de récession économique et énergétique. Ici, un bus scolaire réformé en habitat low-tech.

Les questions de logistique et organisation sur la route

Bon, on a le rêve, on a les lieux… Et maintenant, tout ce qui fait du voyage, un voyage : l’itinérance.

Combien de temps rester à chaque étape ?

On me demande souvent combien de temps je séjourne dans chaque lieu. C’est une autre composante importante dans l’organisation de votre voyage.

Personnellement, j’ai plusieurs intentions dans mes visites, et donc plusieurs durées possibles. Globalement, je distingue 4 types de destinations :

  • Les lieux que je pourrais envisager comme lieu de vie, j’y séjourne environ 2 semaines. Certaines personnes restent plutôt 1 mois, ça donne plus de temps pour se faire une idée et créer du lien.
  • Les lieux que je visite pour m’inspirer, pour découvrir ou pour apprendre sur une thématique spécifique. J’y reste 1 à quelques jours de visite.
  • Des événements thématiques, qui nourrissent mon projet et mon imaginaire sans être une immersion en écolieu en tant que telle. Pour moi, c’était des résidences artistiques et des festivals autour de la thématique du vivre ensemble.
  • Et puis des créneaux de ressourcements, de quelques jours à une semaine, où je retourne voir des proches, des relations amicales ou amoureuses.

J’assemble ces différentes briques pour créer mon itinéraire, au fil de l’eau.

Bon ça, c’est la théorie ! Dans la réalité, il y a des lieux que j’aime mais où je ne peux pas rester longtemps, des temps de ressourcement improvisés, etc.

Les lieux étant assez flexibles sur les dates, il m’est arrivé plusieurs fois d’adapter les dates, plus ou moins au dernier moment. Par exemple, j’ai quelques fois ressenti une grosse fatigue qui m’a fait prendre une semaine de pause plus tôt que prévu, ou au contraire j’ai prolongé des séjours que j’ai beaucoup aimés.

Comment se déplacer entre les écolieux ?

Je me déplace principalement en train. Je complète parfois avec des bus, du covoiturage, ou du stop. Je marche aussi beaucoup, pour atteindre les lieux qui sont parfois à 1 h voire 1 h 30 de marche de la gare (je me garde ce moment privilégié car j’aime marcher, mais c’est souvent possible de demander une navette aux lieux).

Ça… C’est possible parce qu’un de mes critères au moment de choisir les écolieux, c’est d’être proches d’une gare. Mais un des problèmes des écolieux, c’est leur manque d’accessibilité. Parfois, la voiture est quasi-indispensable, en stop, avec son propre véhicule ou en demandant une navette aux écolieux.

Certaines personnes voyagent et vivent en van, ou se déplacent en voiture ; d’autres ne font que du stop ; d’autres encore allient vélo et train. Bref : tout est possible (sauf le jet privé, fortement déconseillé). Choisissez selon votre tempérament, vos finances, sans oublier l’empreinte carbone.

Au début, je voulais voyager uniquement en stop : même pas peur ! Après 3 mois, j’ai compris que ce n’était pas compatible avec mon tempérament introverti : j’étais épuisée ! Aujourd’hui, les temps de transport sont un moment de ressourcement, où je peux me retrouver seule dans ma bulle, sans rencontres, sans discussions, et sans (ou presque) incertitudes aussi. Le train me permet aussi de moins penser aux distances lorsque je définis mon itinéraire — là où les autres modes de transport sont plus contraignants (en temps et gaz à effet de serre principalement). Merci le train ! (Promis, je ne suis pas actionnaire de la SNCF).

💡 Mes bons plans pour voyager en train sans griller la carte bleue :

  • Les cartes SNCF régionales : j’en ai acheté plusieurs à petit prix pendant les TER Days, et je profite maintenant de tarifs réduits dans mes régions préférées.
  • L’abonnement TGV Max : disponible pour les 27 ans ou moins. Ouf, je profite de ma dernière année de jeunesse (apparemment) pour prendre un max de TGV et Intercités, pour 79 € par mois. Pas donné, mais vite rentabilisé avec mon rythme de voyage (et mon besoin de me reposer lors des trajets).
© Bérénice Bieuville – Oser Vert

Le Clos de la Louve, où vivent maintenant 6 foyers.

Que mettre dans son sac à dos ?

Bon, si vous ne voyagez pas en véhicule aménagé votre valise va devenir votre maison… Ça peut paraître un peu stressant. Mais pas de panique : en réalité, vous aurez plein d’occasions de retirer, ajouter ou échanger des affaires au cours de votre voyage. En effet, de nombreux écolieux ont un espace de troc ou de don — c’est le cas par exemple de l’Arche de Saint-Antoine, la Caserne Bascule et Bascule Argoat.

Pour la partie wwoofing ou volontariat, emportez des vêtements confortables et qui peuvent se salir. Vous pouvez emmener des gants et bottes pour en avoir à votre taille, mais généralement on pourra vous en prêter sur place.

Les seuls trucs indispensables, c’est des petites culottes, et de quoi vous faire plaisir et vous sentir un peu chez vous , même en itinérance. Moi, ça m’a aidé en tout cas : quelques photos de mes proches, des vêtements colorés que j’aime bien, etc.

💡Si vous voulez une liste plus complète de quoi mettre dans ton sac à dos, RDV dans cet article.

Quel est le budget d’un tel voyage ?

Parlons vrai, parlons budget !

J’avais la chance d’avoir suffisamment d’épargne pour partir sans avoir de revenus pendant 1 an. J’ai aussi diminué mon train de vie (enfin, son coût, mais vous l’aurez compris, j’ai beaucoup pris le train) en n’ayant pas de loyer, et en faisant du wwoofing dès que possible. Lorsque je participais à des festivals, c’était en tant que bénévole pour y accéder sans payer le ticket d’entrée. Cependant, j’ai visité beaucoup de lieux (donc beaucoup de déplacements) et j’ai gardé quelques frais par ailleurs.

Après quelques mois, j’ai fait moins de wwoofing et j’ai choisi de voyager en train.

Bilan des courses : sur les premiers mois, je voyageais pour quasi 0 € par mois avec un maximum de wwoofing et de stop. À la fin, je dépensais environ 430 € par mois. En moyenne :

  • 240 € de participation consciente pour le gîte et le couvert ;
  • 130 € de transports ;
  • le reste étant des frais perso.

En tout cas, un des apprentissages de ce voyage c’est : l’économie du don, ça marche encore ! J’ai été profondément reconnaissante et agréablement surprise de voir des gens m’accueillir, me laisser leur maison et leurs clés après une soirée passée ensemble. De rencontrer toutes les personnes qui m’ont dépatouillée de mes galères de stop, qui m’ont transportée sans rien demander en retour. De me voir accueillie, soignée généreusement juste contre quelques heures de volontariat.

Au début, c’était dur pour moi de recevoir sans avoir l’impression de donner. Et puis, j’ai compris que parfois je donne sans vraiment m’en rendre compte. Que parfois je donne plus que je ne reçois, et je le fais avec plaisir. Surtout : j’ai compris que l’entraide est comme un flux : parfois c’est un échange, parfois je donne plus, parfois on me donne et je n’ai rien à rendre sur le moment… Et ça s’équilibre au fil des semaines.

💡 Je vous recommande ce super podcast sur le sujet : S’entraider pour construire demain.

© Bérénice Bieuville – Oser Vert

Jour après jour, je m’émerveillais de reconnaitre des plantes sauvages et découvrir les petits habitants des jardins, dans toute leur incroyable biodiversité. Ici, une mante religieuse à la Ferme du Suchel.

Comment tenir la distance ? L’importance de prendre soin de soi pendant l’itinérance !

Bizarrement, c’est une question qui revient assez peu souvent : comment tu prends soin de toi dans ce voyage difficile ? Et pourtant, c’est tellement important !

Comprendre ses besoins dans un rythme nomade

Ça a même été un enjeu central de mon voyage. De nature introvertie, j’aime tisser des relations sur le long terme, me retrouver seule et avoir mes habitudes dans un cadre connu. À l’inverse, faire de nouvelles rencontres, découvrir de nouveaux lieux, m’adapter à d’autres rythmes et même parler de moi : tout ça me fatigue beaucoup ! Autant dire que le nomadisme en collectif, c’était pas de la tarte.

Avant de partir, j’avais sous-estimé l’énergie nécessaire pour m’adapter à de nouveaux lieux, de nouveaux rythmes, pour rencontrer de nouvelles personnes et dire au revoir constamment.

Petit à petit, j’ai trouvé des stratégies pour préserver mon énergie. Et ça passait par un retour à l’essence même de la CNV (Communication Non Violente) : identifier mes besoins derrière mes émotions, trouver des stratégies pour y répondre et faire mon possible pour les mettre en place.

Pour ça, j’ai appris à parfois dire non aux personnes qui m’accueillent, ce qui n’est pas facile… Mais toujours bien reçu !

Quelques idées pour prendre soin de soi en voyage

Je vous partage une liste non exhaustive de ce qui m’a aidé sur la route.

  • Tenir un journal de bord : c’était m’offrir un moment d’écriture pour déposer mes émotions et ancrer mon voyage.
  • Faire des bilans réguliers : il se passait tellement de choses que j’avais moi-même du mal à suivre ! Regarder par-dessus mon épaule m’aidait à célébrer et prendre conscience de mes avancées.
  • Lister des lieux ressources : des proches chez qui je pouvais de temps en temps poser mon sac et mes émotions. Parfois, des écolieux sur ma route ont joué ce rôle : l’Arche de Saint-Antoine par exemple a été une étape très ressourçante pour moi.
  • Garder du lien avec mes proches et les projets importants pour moi, à ma manière. Par exemple, j’envoyais régulièrement des cartes postales !
  • Identifier les activités et contextes qui me fatiguent, et ceux qui me ressourcent. C’est comme ça que j’ai assez rapidement abandonné l’autostop, pour favoriser le train et la marche.
  • Exprimer clairement, en arrivant sur un lieu, mes besoins de temps seule. Ça, j’ai appris à le faire progressivement. J’ai alors arrêté de m’imaginer que mes hôtes avaient des attentes envers moi : ça m’a soulagée.

Bref, prendre soin de soi pendant une itinérance se décline de multiples manières, et évolue avec le temps et les situations. Aucune stratégie n’est bonne ou mauvaise, tant qu’elles vous conviennent (et respectent tout le monde, bien sûr).


Voilà : il ne vous reste plus qu’à enfiler vos bottes, et découvrir ces fameux collectifs ! (Enfin, « plus qu’à »… C’est maintenant que l’aventure commence !).

Quant à moi, vous vous demandez peut-être où m’a mené mon voyage… J’habite à présent au Clos de la Louve dans le Jura. J’en suis très contente, et je plante progressivement mes racines dans ce nouveau territoire.

Vous avez d’autres questions pour organiser votre voyage en écolieux ? J’y réponds peut-être ici. Et si vous voulez mon avis sur les oasis que j’ai visitées ? Retrouve-moi là.

Et bon voyage !

Pour aller plus loin

Retrouvez Bérénice Bieuville sur oservert.fr et sur Instagram @berenice_bieuville

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Daphné Vialan

Daphné Vialan

Daphné Vialan est passionnée par la vie en collectif et le vivre-ensemble. Elle a habité plusieurs années à l’Arche de Saint-Antoine, et habite maintenant au sein d’un collectif en formation au Nord d’Agen.

Elle accompagne des collectifs à prendre soin de leurs relations au sein de la Coopérative Oasis.

Son expérience personnelle, alliée à ses multiples formations (CNV, gouvernance partagée, dynamique de groupe, transformation constructive des conflits, Processwork et Clean Coaching) font de son travail une combinaison unique qui réunit le cœur et la tête.

Ludovic Simon

Ludovic Simon

Ludovic habite à Saillans, dans la belle vallée de la Drôme, au sein d’un écohameau où il a autoconstruit sa propre maison en ossature bois.

Passionné par les dynamiques de coopération et de gouvernance partagée, il est investi dans différents projets collectifs dont l’école Montessori « Que la Joie Demeure » qu’il a présidé pendant 6 ans.

Entrepreneur dans sa vie d’avant, il a cofondé plusieurs initiatives coopératives et associatives, dont une entreprise en gouvernance partagée dans le domaine de l’emploi (8 salariés) et un tiers-lieu de 3000 m² à Nantes (La Cantine).

Il a accompagné plus de 100 écolieux en projets ou existants depuis 2021.

Ramïn Farhangi

CooperativeOasis_Ramin_Village de Pourgues

Après une première expérience comme consultant en stratégie auprès de directions générales, Ramïn s’est tourné vers l’éducation pour agir sur les enjeux sociétaux à la racine.

Il a d’abord enseigné au collège et au lycée, avant de fonder une école Dynamique à Paris en 2015 puis l’écovillage de Pourgues en Ariège en 2017. Cette expérience l’a conduit à transmettre et accompagner d’autres collectifs.

Depuis 2018, il a formé plus de 250 personnes et accompagné plusieurs projets sur les questions de raison d’être, gouvernance, organisation et transformation des conflits.

Coralie Darsy

Portrait Coralie Darsy

Après quelques années d’ingénierie dans l’eau et l’environnement, Coralie a été éducatrice Montessori.

En 2021, elle devient bénévole à la Coopérative Oasis pour lancer la Pépinière Oasis, puis rejoint pleinement l’équipe en 2022 pour coordonner les formations.

 

Mathieu Labonne

Mathieu a été chercheur sur les changements climatiques puis consultant en gouvernance carbone avant de diriger l’association Colibris de 2014 à 2020, où il a initié et coordonné le projet Oasis. Il a alors co-fondé la Coopérative Oasis dont il est président directeur général.

Mathieu est également impliqué dans plusieurs lieux : coordinateur du Centre Amma/la Ferme du Plessis, fondateur et représentant légal de l’écohameau du Plessis et fondateur et ancien président de la coopérative CitéCoop qui gère plusieurs tiers-lieux à Paris.

Au fil des années, il a contribué à l’émergence de plus d’une centaine d’oasis et développé une connaissance approfondie des différents modèles, juridiques comme humains.

Mathieu est un accompagnateur hors pair pour aider à la structuration et au développement de projets collectifs.