Et si vous essayiez le Processwork ? 

Le Processwork est une méthode très créative de résolution de conflits, qui permet de laisser s’exprimer tous les points de vue et de débattre, tout en avançant vers des points de résolution en s’ouvrant à plusieurs niveaux de compréhension.“ (Maison du Processwork)

Cette approche est encore peu connue et peu répandue en France. Dans cet article j’aimerais vous encourager à la découvrir. 

Pourquoi essayer le Processwork ? 

La vie en oasis, je l’ai déjà dit et redit, c’est une vie où il faut apprendre à surfer sur les vagues de conflit. Quand je dis conflit, je pense à tout ce qui me chiffonne, m’agace, tout ce qui me dérange et que j’ai parfois du mal à exprimer. Je pense aussi à tous les désaccords que j’ai avec d’autres personnes, tous les points de vue différents qui s’affrontent sur des sujets divers et variés, qui peuvent aller de “c’est toujours les mêmes qui vident les toilettes sèches” à “est-ce qu’on accepte tel nouvel habitant ?” en passant par toute une gamme (quasi infinie !) de sujets…

Or, aujourd’hui, face à un conflit dans un groupe, j’observe plusieurs attitudes. 

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Attitude 1 : Je regarde ailleurs. 

La première attitude, c’est de regarder ailleurs. Pour cela, je peux minimiser, ou relativiser le conflit : c’est pas grave finalement, on n’est pas d’accord, mais je peux vivre avec, et puis, ça a même sûrement quelque chose à m’apprendre sur moi, donc pas la peine que j’aille confronter l’autre…

Cela peut aussi passer par la fuite : ce conflit est tellement insupportable et intraversable pour moi que je décide de partir. Et quelques mois plus tard, une autre personne se trouve dans la même situation que moi, et décide de partir… L’hémorragie commence. 

Autant le dire tout de suite : cette attitude ne convient pas au long terme. 

Attitude 2 : Ouvrir un espace de dialogue bienveillant 

Ici, on reconnaît qu’il y a un problème, et on essaie de faire quelque chose, soit à deux, en se parlant, en faisant une médiation, soit en groupe, avec des outils comme le cercle restauratif, ou des cercles de parole. 

L’idée ici, c’est de retrouver au plus vite l’harmonie en ouvrant toutes grandes nos oreilles, et surtout en mettant nos oreilles de girafe comme on le dit en CNV, c’est-à-dire ces oreilles empathiques qui me permettent de me mettre à la place de l’autre. 

Les limites que je vois à cette méthode ? Ces méthodes demandent un temps conséquent, et des personnes qui ont l’habitude de s’exprimer “en CNV”, ou, a minima, d’avoir une certaine maturité, d’avoir travaillé sur soi. Ces processus fonctionnent très bien dans des collectifs très matures, avec des individus très conscients d’eux-mêmes, de leurs ombres et de leurs lumières. Dans des collectifs plus jeunes et/ou avec des personnes qui ont peut-être fait un peu moins de travail sur eux, ces processus prennent énormément de temps pour un résultat qui n’est pas toujours au rendez-vous.

Bref, cela peut être une méthode “élitiste” pour traverser les conflits, qui demande beaucoup de temps et de ressources. 

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Et s’il existait une troisième voie ? Une méthode sans pré-requis qui permet d’explorer le conflit et d’en récupérer les informations utiles sous-jacentes ? Une méthode qui accueille le conflit, le chaos, la confusion, tout comme l’harmonie, l’amour, le consensus et la bienveillance ?

Vous me voyez venir ? Oui, je pense que cette méthode, c’est le Processwork…

 

Le Processwork, qu’est-ce que c’est ?

Le Processwork a été créé par Arnold Mindell, un Allemand dont la famille a émigré aux États-Unis, né pendant la Seconde Guerre mondiale, et qui a passé sa vie à chercher une manière de rendre l’exploration des désaccords et des conflits plus excitante que la guerre. 

Pour ce faire, il puise à trois sources : 

  • la psychologie jungienne, qui l’inspire par sa connaissance fine de l’être humain, du travail intérieur, des polarités qui nous habitent ;
  • la physique quantique, qui ouvre nos perceptions et nos manières de voir la vie et donne une base scientifique à ses recherches ;
  • le tao et le chamanisme, qui déplacent nos vies et les phénomènes des conflits vers un cadre de référence encore plus large.  

Sacré mélange, n’est-ce pas ? 

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Pour aller plus loin, j’ai envie de vous proposer ici quelques éléments de base du Processwork, qui peuvent vous permettre d’en goûter un peu la saveur :

1/ Les trois niveaux de conflit

Le Processwork considère que les conflits apparaissent à trois niveaux :

  • le niveau interne, par exemple, j’ai un conflit car j’ai envie de reprendre du gâteau mais je sais que j’ai pris quelques kilos pendant les fêtes,
  • le niveau relationnel, par exemple je suis en colère contre mon conjoint qui fait un CAP pâtisserie et ses entraînements pour l’examen me poussent à goûter tout ce qu’il fait, pour le soutenir…
  • le niveau “monde”, par exemple en tant que société, nous avons un défi important lié à l’obésité, à notre rapport au corps et à notre nourriture. 

Vous l’avez peut-être déjà compris, un présupposé du Processwork, c’est que ces trois niveaux de conflits résonnent les uns avec les autres, qu’ils sont souvent emboîtés, de manière fractale en quelque sorte, et que travailler à un niveau a un impact sur les autres niveaux, de par le principe de la non-localité.

2/ Les personnes qui ont des problèmes en ont à cause de ceux qui n’en ont pas.

Par exemple, les femmes ont un salaire moins élevé que les hommes à travail égal et cela leur pose un problème parce que ces hommes qui ont un salaire plus élevé n’y voient pas de problème. Je suis sûre que vous pouvez identifier rapidement quelques personnes qui n’ont pas de problème et à qui vous en voulez, justement pour cela…… Alors qui a un problème parce que moi je n’en ai pas ? 

Le Processwork met aussi en conscience et au travail les notions de rang, de privilège, et de pouvoir. Souvent les personnes qui ont du rang/pouvoir ne s’en rendent même pas comptent et peuvent ne pas voir l’impact de leur pouvoir sur les autres. Alors que ceux qui en ont moins, en sont, eux, souvent bien conscients. Comment en prendre conscience et danser avec ça, sans diaboliser quiconque? C’est une démarche essentielle pour et dans les oasis (à la fois pour la place des oasis dans le monde et au sein même des oasis). 

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Présenter le Processwork en mots, c’est une gageure car je crois que le Processwork est avant tout une expérience, une manière d’être au monde, à laquelle on peut s’entraîner à plusieurs. C’est une approche qui exerce le muscle de la confrontation dans un cadre profond et léger. Dans la pratique, le Processwork s’appuie sur un mélange de constellation systémique, de théâtre de l’opprimé, de travail sur soi, de co-facilitation. 

Pour celles et ceux qui veulent aller plus loin sur le plan théorique, je vous recommande ce livre formidable de Sophie de Bryas, Denis Morin et Philippe Bazin. Il contient également 12 exercices de travail sur soi, pour commencer à pratiquer :

 

“Introduction à la Pratique de Processwork” – Dunod InterEditions

Comment je fais pour découvrir ? 

Du 3 au 10 juin 2022 a lieu un séminaire intensif de Processwork en Ariège, qui a pour thème “Vivre, agir ensemble : rêves et réalités. Travail intérieur, transformation des groupes et du monde”. Autant dire que ce thème touche particulièrement celles et ceux qui vivent en oasis et essaient au jour le jour de combiner ces trois échelles. Les organisateurs ont le souhait d’ouvrir ce séminaire à des personnes vivant en oasis pour qu’il soit le plus utile possible à ce mouvement. 

C’est pourquoi vous êtes conviés le 21 avril 2022 de 18 à 20h à un atelier spécial pour habitants d’oasis, pour découvrir le Processwork. Lors de cet atelier, vous êtes invités à venir avec un sujet “chaud” pour vous et/ou votre collectif, que vous pourrez explorer d’abord individuellement. Ensuite, nous en choisirons un pour le traiter ensemble !

Pour vous inscrire, c’est ici !

Enfin, chaque mois, la Maison du Processwork propose des ateliers en soirée, et des séminaires de deux jours en présentiel tous les 3 mois. Plus d’informations ici

 

Encore plus de conseils pour celles et ceux qui vivent ou souhaitent vivre oasis dans le livre Vivre ensemble en écolieu écrit par Daphné Vialan, accompagnatrice à la Coopérative Oasis sur le volet humain.

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Daphné Vialan

Daphné Vialan

Daphné Vialan est passionnée par la vie en collectif et le vivre-ensemble. Elle a habité plusieurs années à l’Arche de Saint-Antoine, et habite maintenant au sein d’un collectif en formation au Nord d’Agen.

Elle accompagne des collectifs à prendre soin de leurs relations au sein de la Coopérative Oasis.

Son expérience personnelle, alliée à ses multiples formations (CNV, gouvernance partagée, dynamique de groupe, transformation constructive des conflits, Processwork et Clean Coaching) font de son travail une combinaison unique qui réunit le cœur et la tête.

Ludovic Simon

Ludovic Simon

Citoyen engagé dans la vallée de la Drôme, amoureux des expériences de coopération et de gouvernance partagée, entrepreneur dans sa vie d’avant et auto-constructeur de maison, Ludovic accompagne des projets d’oasis et d’habitat participatif sur les aspects juridiques, financiers et humains.

Après des études en management de l’innovation à Polytech, il a cofondé plusieurs projets coopératifs : une société en gouvernance partagée dans le domaine de l’emploi avec 10 salariés et 2 millions d’utilisateurs inscrits, un tiers lieu de 3000 m² à Nantes (la Cantine), un évènement professionnel qui rassemble plus de 10 000 personnes sur 3 jours…

Il a également accompagner de nombreux porteurs et porteuses de projets, en notamment dans le secteur de l’ESS.

Ramïn Farhangi

CooperativeOasis_Ramin_Village de Pourgues

Ramïn Farhangi est le cofondateur de l’école Dynamique à Paris (2015), réputée pour être une des premières écoles démocratiques en France, où les enfants font ce qu’ils veulent de leurs journées. Il a également cofondé le réseau national de l’éducation démocratique EUDEC France (2016). Il est l’auteur de Pourquoi j’ai créé une école où les enfants font ce qu’ils veulent (Actes Sud, 2018).

En 2017, il fonde l’écovillage de Pourgues, où il facilite des formations sur la vie collective et le leadership puis rejoint l’équipe opérationnelle de la Coopérative Oasis en 2022 comme animateur du réseau des oasis et accompagnant.

Il est également le fondateur de l’association Enfance Libre qui réunit des désobéissants afin de contester la suppression du régime légal de l’Instruction En Famille.

Coralie Darsy

Portrait Coralie Darsy

Après quelques années d’ingénierie dans l’eau et l’environnement, Coralie a été éducatrice Montessori.

En 2021, elle devient bénévole à la Coopérative Oasis pour lancer la Pépinière Oasis, puis rejoint pleinement l’équipe en 2022 pour coordonner les formations.

 

Mathieu Labonne

Ingénieur de l’Isae-SupAéro de formation ayant travaillé au CNRS dans la recherche sur le climat et la gouvernance carbone, Mathieu Labonne a été directeur de l’association Colibris où il a notamment développé le Projet Oasis.

Il est aujourd’hui président et directeur de la Coopérative Oasis, qui réunit des centaines de lieux de vie et d’activités écologiques et collectifs, où l’on expérimente des modes de vie sobres et solidaires au service du vivant.

Il est aussi engagé sur un chemin spirituel au côté de la sainte indienne Amma, dont il coordonne le centre, la Ferme du Plessis, près de Chartres depuis 2011.

Il est également président d’Oasis21, un ensemble de Tiers-Lieux en Île-de-France qu’il a contribué à créer.

Il est à l’origine de l’écohameau du Plessis  dans l’Eure-et-Loir où il réside avec sa famille.