Vivre en écolieu, comment prendre la bonne décision ? 

L’intégration, voire la création, d’un écolieu est un grand changement de vie : déménagement, démission, nouvelles relations, nouveaux projets… impliquant souvent beaucoup d’aspects de notre vie, et certaines prises de risque. Savoir ce qui correspond à nos aspirations profondes tout en restant réaliste n’est pas toujours facile. Et la perspective de changer de vie fait surgir de nombreuses peurs qui empêchent parfois de se lancer. De même, un coup de tête malheureux peut avoir des conséquences difficiles à vivre. Passer le cap n’est pas toujours facile : comment prendre la-bonne-décision ?

Premières étapes du discernement

Le discernement est un moment privilégié que l’on se donne, seul(e), en couple, voire en groupe, pour prendre une décision importante. Ou plutôt, pour la recevoir, comme un fruit mûr.

Entrer en discernement est donc une démarche consciente et structurée pour organiser son cheminement, faire un état des lieux en profondeur et ajuster ses projets aux aspirations intérieures et réalités extérieures. Une grille de discernement complète permet de clarifier les différentes étapes adaptées à chacun(e) et en étant conscients des différents plans engagés dans le processus : le mental (imaginal et rationnel), l’émotionnel et le subtil. Elle permet de retrouver le chemin de ses « essentiels » (idéaux, aspirations, besoins et talents profonds) pour ensuite avoir l’énergie et la clarté de foncer tête levée.

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Cette démarche commence par la clarification de l’intention : qu’est ce que je veux vraiment décider ? Parfois, pris dans une crise existentielle, un deuil ou des envies d’ailleurs en pagaille, les enjeux sont confus. S’agit-il plus d’une décision sur mon mode de vie, mon lieu de vie, mon activité professionnelle, peut-être ma situation familiale ? Est ce que je veux vérifier la pertinence d’un projet que j’ai déjà en tête, ou ouvrir le champ des possibles? L’intuition devient intention quand je peux l’exprimer clairement. Par écrit, pour y revenir régulièrement, mais aussi oralement, car le fait de la déclarer à mes proches peut être une bonne aide pour la suite. Ils peuvent avoir un rôle à jouer pour m’accompagner. 

Le discernement implique de se fixer une échéance pour la décision. De quelques semaines à une année selon l’enjeu et l’état des lieux, comme pour un examen, une deadline suscite l’énergie pour se mettre à l’œuvre. Autant que de prendre une décision sur un coup de tête, le fait de vouloir « se donner le temps » est un piège courant si on ne fixe pas de limite à ce moment, avec un vrai risque de procrastination par peurs, idéalisme, attentisme…

Cocooner son discernement est capital: c’est un moment important dans la vie, le-moment-où-jamais de s’occuper de soi dans un premier temps. Une façon de prendre soin de ce temps est de s’offrir un cadre sur mesure pour être dans de bonnes conditions d’écoute de soi et de la vie : des temps de connexion à la nature, de silence et de solitude, des moments réguliers d’écriture, un accompagnement par un psychothérapeute ou un coach ou juste un(e) ami(e) bienveillant(e). Des temps aussi sabbatiques de voyage, d’exploration.

Dans le cas d’un discernement de couple, de famille, ou de groupe (pour un collectif qui veut acheter un lieu par exemple), il est indispensable que chacun(e fasse son chemin d’exploration intérieure d’abord sur ses « essentiels » pour les mettre ensuite en commun et être créatifs ensemble. Trop souvent, une décision de couple est en fait guidée par l’aspiration forte de l’un(e) à laquelle l’autre essaiera inconsciemment de s’adapter, parfois trop pour que la décision soit durable.

La part du sensible

Un discernement allie le mental et le sensible. Le mental, c’est tout ce que ma tête peut rêver, imaginer, projeter, organiser… Ce sont toutes les étapes de recherche, documentation, rencontres, connaissance de soi, clarification… qu’on ne développera pas ici. Il va me servir à vérifier les avantages et les inconvénients de mon ou mes projet(s), à les comparer à la réalité, à imaginer un plan d’action. Il est utile aussi pour faire appel à la mémoire de mes expériences passées, ce que je sais de moi, mes capacités, mes limites. C’est une part importante du travail, qui donne de bonnes indications, mais ne suffit pas. 

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La part du sensible, c’est de passer le projet qui émerge au filtre émotionnel. Cela demande un travail de concentration intérieure consistant à se figurer un projet particulier (par exemple je vis dans une Oasis qui ressemblerait à cela, avec telles personnes, et j’y ferais cela) et à vérifier ce que cela me fait au niveau émotionnel. Des indicateurs, ce sont les ressentis de paix et de joie. La paix signifie que les renoncements que ce projet induit sont faits ou faisables. La joie est le signe que ce projet répond à des besoins d’accomplissement profond. Mais on peut aussi ressentir la peine d’un deuil qu’on a du mal à consommer (que faut-il faire alors, avant, pour s’aider ?), la colère de se sentir contraint à ce projet (par exemple quand on se projette sur le fait de quitter un collectif), et surtout beaucoup de peurs. Et là il s’agit d’y aller les yeux grand ouverts : quelles sont mes peurs cachées dans ce projet ? Peur de l’inconnu, d’échouer, de décevoir, de m’éloigner de mes proches, de perdre un statut, de l’insécurité matérielle… Cela peut être un gros travail d’examiner les peurs dominantes et de voir si elles sont dépassables (en général le fait de les identifier aide déjà) ou correspondent à un besoin fondamental ou une blessure trop importante. Un accompagnement psychologique peut être utile à cette étape-là. L’analyse sensible va permettre aussi d’aller creuser les besoins profonds, personnels et collectifs, qui sont à l’origine du projet, afin de vérifier si la solution pensée n’aurait pas des alternatives plus réalistes ou adaptées. On peut faire l’exercice des 5 Pourquoi ? pour scanner cela (« Pourquoi est ce que je veux faire cela ? », puis à partir de la réponse : « Et pourquoi ? », et ainsi de suite 5 fois).

Un autre niveau de discernement se situe dans le « sensible subtil », qu’on peut assimiler au spirituel ou à l’inconscient selon notre référentiel. Le postulat est qu’à partir du moment où le mental est clair dans son intention, qu’il a fait son travail d’analyse, de comparaison… toutes les dimensions de mon être vont concourir à me guider vers ce qui est le mieux pour moi. L’enjeu est de laisser de la place à cette émergence, cette écoute, en calmant la volonté du mental de vouloir aboutir à une décision. Cela peut passer par une pratique spirituelle ou méditative quotidienne permettant de faire le vide, ou par un temps dédié (retraite, marche…) accordant de la place au silence et à la solitude. Parfois c’est la fatigue ou carrément un burn out qui va nous mettre dans cet état de réceptivité. Dans ces moments de lâcher prise, l’évidence apparaît de la décision non pas à prendre, mais à recevoir, comme un fruit mûr. Une rencontre, une parole lue, un rêve… Certains parleront de signes, d’appels, de déclic… Ce qui en résulte, c’est un état de soulagement et de joie d’être arrivé au bout d’un processus et à l’orée d’une nouvelle étape de vie. Célébration !

Voilà une trame très succincte pour cheminer. L’enjeu étant ni plus ni moins de retrouver le fil vital de sa vie. Un deuxième article développera les clés et pièges spécifiques pour rejoindre un collectif, en créer un, ou le quitter… 

Et vous, qu’est-ce que vous avez mis en place pour prendre une grande décision ?

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 Pour aller plus loin

Cet article est écrit par Magali Audion, engagée de la Communauté de l’Arche et animatrice de la Fève. Il précède l’article « Intégrer, rester, partir d’un écolieu… comment discerner ?« .

La communauté de l’Arche de St-Antoine accompagne depuis 35 ans des personnes en questionnement ou transition qui viennent expérimenter une autre façon de vivre. Elle a aussi fait fructifier son expérience de l’accompagnement des entrées et des départs dans l’engagement communautaire. Avec la Fève, son « centre de trans’formation », elle propose diverses activités autour du vivre-ensemble, de la non-violence et de l’engagement dans les transitions. des stages d’accompagnement au changement de vie (comme ce stage en novembre). Voici quelques pistes qui découlent de cette expérience, adaptées aux projets de vie collective.

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La communauté de l’Arche de St-Antoine : www.arche-sta.com 

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Daphné Vialan

Daphné Vialan

Daphné Vialan est passionnée par la vie en collectif et le vivre-ensemble. Elle a habité plusieurs années à l’Arche de Saint-Antoine, et habite maintenant au sein d’un collectif en formation au Nord d’Agen.

Elle accompagne des collectifs à prendre soin de leurs relations au sein de la Coopérative Oasis.

Son expérience personnelle, alliée à ses multiples formations (CNV, gouvernance partagée, dynamique de groupe, transformation constructive des conflits, Processwork et Clean Coaching) font de son travail une combinaison unique qui réunit le cœur et la tête.

Ludovic Simon

Ludovic Simon

Citoyen engagé dans la vallée de la Drôme, amoureux des expériences de coopération et de gouvernance partagée, entrepreneur dans sa vie d’avant et auto-constructeur de maison, Ludovic accompagne des projets d’oasis et d’habitat participatif sur les aspects juridiques, financiers et humains.

Après des études en management de l’innovation à Polytech, il a cofondé plusieurs projets coopératifs : une société en gouvernance partagée dans le domaine de l’emploi avec 10 salariés et 2 millions d’utilisateurs inscrits, un tiers lieu de 3000 m² à Nantes (la Cantine), un évènement professionnel qui rassemble plus de 10 000 personnes sur 3 jours…

Il a également accompagner de nombreux porteurs et porteuses de projets, en notamment dans le secteur de l’ESS.

Ramïn Farhangi

CooperativeOasis_Ramin_Village de Pourgues

Ramïn Farhangi est le cofondateur de l’école Dynamique à Paris (2015), réputée pour être une des premières écoles démocratiques en France, où les enfants font ce qu’ils veulent de leurs journées. Il a également cofondé le réseau national de l’éducation démocratique EUDEC France (2016). Il est l’auteur de Pourquoi j’ai créé une école où les enfants font ce qu’ils veulent (Actes Sud, 2018).

En 2017, il fonde l’écovillage de Pourgues, où il facilite des formations sur la vie collective et le leadership puis rejoint l’équipe opérationnelle de la Coopérative Oasis en 2022 comme animateur du réseau des oasis et accompagnant.

Il est également le fondateur de l’association Enfance Libre qui réunit des désobéissants afin de contester la suppression du régime légal de l’Instruction En Famille.

Coralie Darsy

Portrait Coralie Darsy

Après quelques années d’ingénierie dans l’eau et l’environnement, Coralie a été éducatrice Montessori.

En 2021, elle devient bénévole à la Coopérative Oasis pour lancer la Pépinière Oasis, puis rejoint pleinement l’équipe en 2022 pour coordonner les formations.

 

Mathieu Labonne

Ingénieur de l’Isae-SupAéro de formation ayant travaillé au CNRS dans la recherche sur le climat et la gouvernance carbone, Mathieu Labonne a été directeur de l’association Colibris où il a notamment développé le Projet Oasis.

Il est aujourd’hui président et directeur de la Coopérative Oasis, qui réunit des centaines de lieux de vie et d’activités écologiques et collectifs, où l’on expérimente des modes de vie sobres et solidaires au service du vivant.

Il est aussi engagé sur un chemin spirituel au côté de la sainte indienne Amma, dont il coordonne le centre, la Ferme du Plessis, près de Chartres depuis 2011.

Il est également président d’Oasis21, un ensemble de Tiers-Lieux en Île-de-France qu’il a contribué à créer.

Il est à l’origine de l’écohameau du Plessis  dans l’Eure-et-Loir où il réside avec sa famille.