Inclusivité en écolieu : les bonnes intentions doivent être accompagnée d’actions concrètes

Dans cet épisode du podcast Esprits Rebelles – Voyage au coeur de l’habitat cooperatif, Alia s’entretient avec Camille, Magali et Chloé qui ont implusé et qui animent la Commission Violences Systémiques au sein du réseau des oasis. Elles racontent la genèse de ce groupe et les actions mises en place pour favoriser l’inclusion au sein des écolieux.

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Penser les privilèges et les oppressions systémiques dans les oasis

On rejoint un écolieu pour vivre autrement, plus justement, plus collectivement. Pourtant, les dynamiques de pouvoir ne disparaissent pas à la grille d’entrée. Sexisme dans les réunions, entre-soi de classe, paroles qui ne circulent pas équitablement : les violences systémiques s’invitent partout, même là où l’on croit avoir tout prévu. La Commission Violences Systmétique du réseau des oasis à pour objectif de nommer ça et d’en faire un levier de transformation des relations.

Stand du Groupe Violences Systémiques au Festival Oasis 2024
Stand du Groupe Violences Systémiques au Festival Oasis 2024

C’est quoi, au juste, une violence systémique ?

Le terme peut intimider. Pourtant, Magali en donne une définition accessible : ce sont toutes les discriminations, et agressions, conscientes ou non, qui atteignent des personnes en raison de rapports de domination. Le genre, la classe sociale, l’âge, le handicap, l’orientation sexuelle… Les axes sont nombreux, et ils s’entrecroisent.

Genre : Temps de parole, charge mentale, leadership masculin par défaut…

Classe sociale : Accès aux projets d’habitat, entre-soi financier, culture dominante.

Race & culture : Faible mixité, reproduction de normes culturelles majoritaires.

« Ce n’est pas parce qu’on cherche à exclure ces violences par intention qu’elles ne vont pas se reproduire. Il y a un travail de vigilance à faire. »

Camille

Pourquoi une commission dédiée dans le réseau des oasis ?

Le constat de départ est simple, presque étonnant : dans les événements et séminaires du réseau, ces sujets n’étaient pas visibles. Pour un mouvement qui se revendique d’un « futur désirable », tandis que la société entière s’ouvre à ces questions, c’était une incohérence difficile à ignorer.

Chloé pointe aussi une réalité structurelle : les projets d’habitat participatif mobilisent souvent des ressources financières importantes, ce qui entraîne mécaniquement un manque de mixité sociale et culturelle. Résultat : l’entre-soi s’installe, pas par mauvaise volonté, mais parce que personne ne l’a nommé.

Leur premier geste a été collectif : rédiger à plusieurs mains une lettre d’intention, former un groupe de travail, organiser des visioconférences régulières. Ce passage du statut de « râleuse isolée » à celui de groupe organisé a changé la réception dans le réseau.

Comment ça se passe, concrètement ?

La commission ne réinvente pas la roue. Elle s’appuie sur des collectifs déjà experts et construit des ponts vers leurs ressources. Les actions comprennent :

  • Des webinaires de sensibilisation ouverts à tout le réseau, avec des niveaux de connaissance très variés parmi les participants.
  • Des formations auprès de professionnels des questions de violences en collectif et dans les rapports au corps.
  • Une présence visible lors de grands événements comme le Festival des Oasisses (700 personnes), pour capter les personnes avides de ressources.
  • Un discours volontairement pédagogique et déculpabilisant — parce que pointer les oppressions sans créer de réactance, c’est tout un art.

Un cas concret : le Moulin Bleu

Cofondé il y a 5 ans par une quinzaine de jeunes issus des réseaux militants climat, ce lieu de région Centre Val-de-Loire a connu dès son premier été en chantier participatif un cas d’agression sexuelle. Les habitant·es ne disposaient alors d’aucun outil pour y répondre.

La réponse a été structurante : une charte, des processus définis, des binômes de vigilance formés. Rapidement, la dynamique a dépassé le seul enjeu des violences sexuelles pour embrasser les luttes féministes, queer et décoloniales. Aujourd’hui, le Moulin Bleu est reconnu dans les réseaux LGBT et queer comme un espace accessible et sécurisant — par le bouche-à-oreille, sans démarchage.

« Je n’ai jamais été aussi empathique qu’depuis que j’ai cette lecture des violences systémiques. Ça nous aide à voir les gens dans leur histoire de vie et à avoir un regard doux sur nos propres maladresses. »

Magali

Et la gouvernance partagée dans tout ça ?

C’est peut-être là que l’argument devient le plus concret pour les collectifs. Camille l’illustre avec un exemple aussi simple que révélateur : si on chronomètre le temps de parole lors d’une réunion mixte, les hommes parlent significativement plus. Sans intervention consciente, la « gouvernance équitable » devient vite la loi du plus à l’aise.

Des ajustements simples permettent de rééquilibrer : alterner les tours de parole, inviter explicitement les personnes qui s’autocensurent à s’exprimer, prêter attention à qui formule les propositions. Ce ne sont pas des révolutions, mais des micro-pratiques qui changent la texture réelle d’un collectif.

Quelques conseils pour les collectifs

  • Ne pas attendre l’incident. La parole se libère quand on rend le sujet visible — cercles de parole, affichage, dates clés comme le 8 mars ou la journée contre le racisme. Ce qui était sous le tapis remonte : c’est inconfortable, mais c’est là que commence le vrai travail.
  • Parler du pouvoir, sans forcément mobiliser un lexique hyper-politisé. Les rapports à l’argent, à l’âge, aux handicaps invisibles : nommer les dynamiques sans jargon, c’est souvent plus efficace.
  • S’appuyer sur des outils concrets — jeux d’éducation populaire, livrets pratiques, podcasts. Il existe déjà de nombreuses ressources accessibles et gratuites.
  • Voir ce qu’on gagne au change. Plus d’empathie, des interactions plus authentiques, une compréhension plus fine des histoires de chacun·e. Ce travail n’est pas une punition : c’est un approfondissement.

Pour aller plus loin

Podcast Esprits Rebelles – Voyage au coeur de l’habitat coopératif

Podcast — Kiffe ta race : lutte décoloniale et antiraciste

Livre — La Volonté de changer, bell hooks : regard à la fois radical et profondément empathique sur l’humanité

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Daphné Vialan

Daphné Vialan

Daphné Vialan est passionnée par la vie en collectif et le vivre-ensemble. Elle a habité plusieurs années à l’Arche de Saint-Antoine, et habite maintenant au sein d’un collectif en formation au Nord d’Agen.

Elle accompagne des collectifs à prendre soin de leurs relations au sein de la Coopérative Oasis.

Son expérience personnelle, alliée à ses multiples formations (CNV, gouvernance partagée, dynamique de groupe, transformation constructive des conflits, Processwork et Clean Coaching) font de son travail une combinaison unique qui réunit le cœur et la tête.

Ludovic Simon

Ludovic Simon

Citoyen engagé dans la vallée de la Drôme, amoureux des expériences de coopération et de gouvernance partagée, entrepreneur dans sa vie d’avant et auto-constructeur de maison, Ludovic accompagne des projets d’oasis et d’habitat participatif sur les aspects juridiques, financiers et humains.

Après des études en management de l’innovation à Polytech, il a cofondé plusieurs projets coopératifs : une société en gouvernance partagée dans le domaine de l’emploi avec 10 salariés et 2 millions d’utilisateurs inscrits, un tiers lieu de 3000 m² à Nantes (la Cantine), un évènement professionnel qui rassemble plus de 10 000 personnes sur 3 jours…

Il a également accompagner de nombreux porteurs et porteuses de projets, en notamment dans le secteur de l’ESS.

Ramïn Farhangi

CooperativeOasis_Ramin_Village de Pourgues

Ramïn Farhangi est le cofondateur de l’école Dynamique à Paris (2015), réputée pour être une des premières écoles démocratiques en France, où les enfants font ce qu’ils veulent de leurs journées. Il a également cofondé le réseau national de l’éducation démocratique EUDEC France (2016). Il est l’auteur de Pourquoi j’ai créé une école où les enfants font ce qu’ils veulent (Actes Sud, 2018).

En 2017, il fonde l’écovillage de Pourgues, où il facilite des formations sur la vie collective et le leadership puis rejoint l’équipe opérationnelle de la Coopérative Oasis en 2022 comme animateur du réseau des oasis et accompagnant.

Il est également le fondateur de l’association Enfance Libre qui réunit des désobéissants afin de contester la suppression du régime légal de l’Instruction En Famille.

Coralie Darsy

Portrait Coralie Darsy

Après quelques années d’ingénierie dans l’eau et l’environnement, Coralie a été éducatrice Montessori.

En 2021, elle devient bénévole à la Coopérative Oasis pour lancer la Pépinière Oasis, puis rejoint pleinement l’équipe en 2022 pour coordonner les formations.

 

Mathieu Labonne

Ingénieur de l’Isae-SupAéro de formation ayant travaillé au CNRS dans la recherche sur le climat et la gouvernance carbone, Mathieu Labonne a été directeur de l’association Colibris où il a notamment développé le Projet Oasis.

Il est aujourd’hui président et directeur de la Coopérative Oasis, qui réunit des centaines de lieux de vie et d’activités écologiques et collectifs, où l’on expérimente des modes de vie sobres et solidaires au service du vivant.

Il est aussi engagé sur un chemin spirituel au côté de la sainte indienne Amma, dont il coordonne le centre, la Ferme du Plessis, près de Chartres depuis 2011.

Il est également président d’Oasis21, un ensemble de Tiers-Lieux en Île-de-France qu’il a contribué à créer.

Il est à l’origine de l’écohameau du Plessis  dans l’Eure-et-Loir où il réside avec sa famille.