Je vis en collectif depuis 20 ans. Je constate à quel point nous sommes nombreux·ses à nous lancer dans la vie en oasis, et cela me réjouit. J’aime mettre mon énergie au service de ce que nous construisons ensemble, et le rendre robuste… sans s’épuiser ni s’appauvrir.
À SaônESSence, mon associée et moi accompagnons depuis plusieurs années des collectifs et des entrepreneur·es engagé·es. Comme Gwendolyne et Fiona qui sont arrivées récemment avec un projet de tiers-lieu dans le Beaujolais. Nous avons commencé par un travail individuel. C’était magnifique de voir leur pétillance : elles s’autorisaient enfin à investir dans leur projet de cœur, en germe depuis des années !
Quand l’entrepreneuriat devient un chemin d’alignement
En travaillant sur leurs valeurs, leurs histoires de vie et leurs compétences, leur ikigaï s’est progressivement révélé — cette zone où se rencontrent talent, désir, utilité et modèle économique possible. Elles ont apprécié ce travail personnel pour toucher leur singularité, se projeter avec sérénité dans l’avenir, et offrir une énergie alignée au projet collectif. Une fois de plus, nous pouvons témoigner : l’entrepreneuriat est une voie d’épanouissement.
Ensuite, elles ont pu s’allier et travailler les aspects techniques : modèle économique circulaire, équilibres financiers, planning du projet, chacune contribuant à sa hauteur. D’ailleurs, le chemin n’est pas linéaire : les projets impliquant une communauté et un lieu sont exigeant et prennent du temps. Il convient d’en penser les étapes : formation, montée progressive de l’activité… En l’occurence, Gwen et Fiona créent leur communauté et ont des jobs à côté pour tenir la distance.
Et aujourd’hui, c’est un collectif élargi de six personnes que nous accompagnons : l’énergie se partage, les visions se frottent et se renforcent, et la cohérence collective se tisse. Elles racontent leur aventure dans Courant Porteur¹, l’émission radio que nous animons.
Lucidité et changement de représentations
L’arrivée dans une oasis est nécessairement bousculante : nouveau territoire, apprentissage du vivre ensemble, réinvention de ses activités. Une quête d’écologie intérieure comme extérieure.
Mais soyons lucides : sans sécurité matérielle, l’aventure devient fragile.
Le bénévolat ne permet ni la protection sociale, ni un filet en cas de départ. La précarité n’est pas un modèle de transition : c’est un frein. À l’inverse, l’entrepreneuriat aligné peut devenir un puissant levier pour incarner sa raison d’être, générer ses propres ressources tout en contribuant au collectif.
Pour avancer, nous avons des représentations à faire évoluer. Voici 3 punchlines pour changer de paradigme :
- L’argent n’est pas l’ennemi : c’est un outil pour construire durablement ce qui nous tient à cœur.
- Entreprendre n’est pas trahir nos valeurs : c’est nous donner les moyens d’agir.
- Un collectif solide repose sur des individus qui ont pris leur place et sont économiquement épanouis.

Dans les projets communautaires, des défis supplémentaires s’invitent
Lorsqu’on entreprend à plusieurs, il ne suffit plus d’aligner une personne à sa raison d’être : il faut réussir à accorder plusieurs élans. Cela demande de clarifier ce qui relève de l’individuel et ce qui fonde la raison d’être collective, de structurer une gouvernance qui laisse place à l’initiative, de trouver les bons outils juridiques et économiques… et de cultiver une relation vivante avec le territoire qui nous accueille. Bref : faire dialoguer l’intime, le collectif et l’écosystème local.
Pour conclure
Vous l’avez compris, ma conviction est que nos modes de vie alternatifs ne seront pérennes que si la question économique et le rapport au travail deviennent partie intégrante de nos utopies. Dans nos communautés, l’autonomie est une valeur forte. L’entrepreneuriat permet de l’incarner sur le plan matériel.
Pour que nos oasis vivent, se renforcent, et inspirent autour d’elles, mettons l’économie à sa juste place.
C’est la vision que je porte et que je mets en action chaque jour avec le même élan.
PS : C’est précisément ce que je bâti avec Loutopia, le projet de communauté inspiré du roman du même nom que j’ai co-écrit avec ma chère et tendre. Avec le groupe de cofondataires, je porte plus particulièrement l’émergence du modèle économique : aligné, contributif, partagé. Nous l’explorons dès aujourd’hui, avant l’atterrissage, parce qu’il est la condition de notre prospérité et de la durabilité du rêve que nous voulons incarner ensemble.
Ludovic Gicquel est co-fondateur des Choux Lents, de Loutopia & de SaônESSence
