Salut ! Je suis Martin et j’ai eu la chance de réaliser un service civique avec Les Chemins de la Transition et la Coopérative Oasis sur le chemin des écolieux à vélo. Je termine mes études d’ingénierie au cours desquelles j’ai pu découvrir et explorer le mouvement low-tech qui m’inspire beaucoup, notamment autour des questions d’autonomie et d’organisations sociales.
Je vous propose un petit bilan de ce voyage, ce qu’il m’a apporté et ce que je retiens.

Exploration
Après 8 mois à voyager à travers la France à vélo à la rencontre de collectifs, j’ai découvert beaucoup de lieux dont je n’aurais pas imaginé l’existence et j’ai énormément appris sur la vie en collectif, sur moi-même. J’ai pu m’intégrer au sein de sphères très variées, avec plus ou moins de ponts entre elles, généralement stigmatisées et dénigrées comme les hippies, les zadistes, les babos, les schlags, et regroupées dans la case des extrémistes ou des utopistes. Je me suis d’ailleurs aperçu que j’avais moi même beaucoup de préjugés sur ces approches alors que je ne m’y étais pas réellement intéressé.
Même si 8 mois est une période trop courte pour explorer la complexité de ces mouvements dans son entièreté, j’ai eu la chance d’en découvrir les idées, les approches, les stratégies, les motivations, les fonctionnements, les codes… Et ce qui regroupe tous les lieux que j’ai visités est la volonté de s’organiser collectivement pour vivre, pour lutter, pour agir.
Apprentissages du collectif
En partant, je savais que les rencontres et la vie en communauté me plaisaient beaucoup mais je n’imaginais pas autant apprendre humainement. Chaque lieu différait par son environnement, son fonctionnement (règles et habitudes), son ambiance, son histoire, ce qui m’a appris à avoir une meilleure écoute des besoins des personnes sur place et à trouver ma place plus aisément dans un groupe.
L’intensité de la vie en collectif m’a aussi enseigné que j’avais besoin de moments seuls parfois, contrairement à ce que je pensais.
D’une manière plus pratique, j’ai beaucoup apprécié le fait d’être vite plongé dans les tâches quotidiennes sur place. J’ai appris à participer à la vie d’un lieu sans connaître tous les détails de son fonctionnement et j’ai vu comment la prise en charge de certaines tâches peut soulager des personnes qui ont l’habitude de les gérer.
Accueil et réciprocité
Les lieux par lesquels je suis passé ont tous l’habitude d’accueillir des personnes extérieures pour des raisons multiples. L’accueil permet parfois de dégager une source de revenus. C’est aussi l’occasion de créer un lien avec l’extérieur et de montrer qu’il est possible de vivre autrement.
À certains endroits, il y a simplement besoin de plus de monde pour défendre un projet, pour lutter. Il arrive également que les lieux accueillent des personnes par solidarité parce qu’elles ont des situations administratives, psychologiques ou économiques compliquées.
Selon la situation, les habitants et habitantes n’étaient pas toujours disponibles pour répondre à mes montagnes de questions et j’essayais donc de contenir ma curiosité. Aussi, c’était un exercice délicat de trouver un équilibre qui me paraisse juste dans la contribution aux activités et tâches des lieux sachant qu’en échange j’ai toujours eu accès à un lit et à des repas. Même si j’avais souvent la sensation de plutôt recevoir, j’ai eu l’impression que mes questions, mes postures, mes coups de main pouvaient souvent faire du bien sur place en apportant de l’extérieur quelque chose de nouveau.
Expérience dans les oasis
Mon voyage était initialement focalisé sur les écolieux et j’ai élargi progressivement mon rayon à des collectifs qui ne se considèrent pas comme tels. Étant en relation avec la Coopérative Oasis, j’ai pu être ainsi plongé dans le monde des oasis. J’ai beaucoup apprécié les moments dans ces lieux qui offrent la possibilité de prendre soin de soi et des autres, de vivre plus simplement, de s’organiser collectivement avec des outils de gouvernance adaptés. J’y ai tissé des liens forts avec les habitants qui m’ont inspiré et touché.
Malgré cela, quelque chose me manquait. Les capitaux sociaux, économiques et culturels importants des habitants et habitantes n’étaient pas vraiment remis en question, alors que l’argent était une contrainte pour venir y habiter (au moins 10 000€ d’investissement). Je sentais le besoin d’en discuter mais je n’ai pas trouvé beaucoup de place pour cela.
S’organiser pour accueillir tout le monde demande beaucoup d’énergie alors qu’il y a déjà beaucoup de contraintes à gérer pour maintenir un tel projet au-dessus de l’eau. Je comprends cette situation mais je n’arrive pas à trouver de sens dans une écologie qui n’est pas étroitement liée à la justice sociale.
Au sein des oasis, j’ai ressenti une décorrélation avec les questions sociales et une sorte de volonté de ne pas être dans l’opposition, de ne pas être politisé. C’est une approche que je comprends mais dans laquelle je ne me retrouve pas. Plus tard, quelqu’un me dira une phrase qui fait beaucoup écho avec ces questionnements : « Le développement d’un projet en tant que tel ne suffit pas à faire sens. Il faut se positionner dans le temps et dans l’espace. C’est aussi en relation avec ce qu’il se passe dans le monde que l’on se positionne. »
Découverte des milieux de lutte
J’ai donc eu envie d’explorer des milieux proches des luttes et j’ai été plongé au sein des luttes anti-autoritaire, paysanne, anti-numérique, féministe, anti-spéciste, queer… Je connaissais de loin ces mouvements et en m’y plongeant j’ai été très impressionné.
La logique anti-capitaliste et la volonté d’ouvrir au plus grand nombre pousse à y proposer de nombreuses choses sans logique marchande, à prix libre ou gratuitement. Une impressionnante solidarité en émane, même dans les temps les plus durs. Car je pense que ce sont des environnements où les hauts et les bas sont très intenses, avec des moments très difficiles et d’autres très joyeux.
Également, il y a beaucoup de travail pour répondre aux besoins de subsistance (comme la nourriture) tout en préparant des événements pour se regrouper, discuter, s’organiser, célébrer et mobiliser toujours plus de monde. Tout cela se fait collectivement avec des personnes de milieux très variés et avec des approches différentes tout en faisant face à une répression toujours plus importante. Ces milieux ne sont donc pas à idéaliser, je pense qu’ils sont très éprouvants émotionnellement et psychologiquement mais j’y ai trouvé une très grande source d’inspiration et de stimulation.
Voyage individuel et collectif
Mon voyage s’est ponctué de rencontres très inspirantes. Des personnes à qui je peux m’identifier qui réussissent à trouver un équilibre hors des cases et continuent de rêver, de lutter. Aussi, des gens m’ont partagé leur parcours de vie difficile, ce qui m’a énormément touché et confronté à ma situation privilégiée. Dans ce sentiment, je trouve une certaine responsabilité qui me donne beaucoup de motivation pour agir.
Ces questionnements et apprentissages personnels ont été enrichis par les partages et les discussions collectives avec les autres volontaires des Chemins de la Transition. À l’occasion de trois camps d’une semaine (début, milieu et fin de service civique), nous avons pu échanger sur nos cheminements respectifs et créer des liens très forts en s’inscrivant dans un projet plus grand, celui des Chemins de la Transition.
La semaine de fin de voyage s’est clôturée par une exposition conviviale dans le bocage normand où nous avons pu partager tout cela avec nos proches et les gens du coin. Ce fût une merveilleuse et émouvante conclusion.