Le conflit : verrou ou clé du vivre-ensemble ?

Vous rêvez de vivre en collectif… mais avec des copains ou copines, pour ne pas se prendre la tête. Hum… comment dire ? Non seulement être ami(e)s n’empêche pas de s’engueuler, mais il est même garanti que cela arrivera. Justement parce qu’être ami(e)s, c’est partager des enjeux affectifs ensemble qui rendent les désaccords encore plus sensibles.
« Mais vivre avec des gens trop différents de nous, c’est risqué, non ? » Oui, aussi ! Conclusion : les conflits sont inévitables… Et si on voulait vivre ensemble justement, entre potes ou inconnu(e)s, pour nous transformer grâce aux conflits ?

Pour que les conflits soient constructifs, encore faut-il les vivre vraiment ! Car la plupart ne se voient pas ou s’évitent discrètement. Un conflit commence là où toute relation s’altère, souvent insidieusement, voire inconsciemment. Une parole, une attitude, un acte manqué… peut constituer un grain de sable dans les rouages de la relation. On se dit « C’est pas grave » et hop ! Le couvercle est mis sur la marmite qui va bouillir de plus en plus. Si on ne s’en rend pas compte, alors le conflit finira par exploser durement, ou la relation s’interrompra par distanciation progressive.

Mais quand on vit ensemble, on ne peut se le permettre ni l’un ni l’autre, alors autant apprendre à identifier le conflit le plus tôt possible et se le coltiner avant qu’il ne grossisse en cédant à la peur et aux tentations de déni, de fuite ou de procrastination. En abordant les choses simplement, de bonne foi en se rappelant l’intention relationnelle avec la personne, et avec quelques lunettes pour l’examiner, il est possible de désamorcer la bombe en douceur sans attendre vainement que le temps fasse son œuvre (même si un peu de temps peut aider à s’apaiser et tourner 7 fois sa langue dans la bouche avant de parler). Allez, un peu de courage, on y va… et si on y va vraiment, il est fort à parier que la relation s’en trouvera bonifiée, voire profondément enrichie.

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3 niveaux de résolution de conflit

Résoudre un conflit peut consister simplement à se mettre d’accord pour la suite de notre relation. C’est le minimum, se tourner vers l’avenir même si on n’a pas vraiment compris ce qui avait blessé l’autre ou là où on a pu faire une erreur. Aboutir à un contrat clair est déjà une porte de sortie rassurante pour une simple relation de coopération ou de voisinage. Mais cela demande une vigilance car tant qu’il n’y a pas de compréhension réelle de ce que vit l’autre, le risque de nouveaux heurts guette.

C’est pourquoi l’étape d’après consiste à reconnaître ce qui a été vécu par l’autre et là où on aurait pu, ou dû, faire autrement. En prenant le temps de s’intéresser réellement à ce que l’autre vit et en entrant en empathie avec lui ou elle, on permet de revenir à une relation fluide et agréable, en ayant le sentiment de mieux se comprendre. Il faut au moins cela pour cohabiter un temps soit peu ou travailler ensemble au quotidien. Parfois, reformuler simplement ce qu’on comprend du vécu de l’autre apportera un grand soulagement et une reliance nouvelle dans la relation.

Quand on vit ensemble en famille ou en communauté, ce défi commun n’a de sens que si les tensions relationnelles sont vécues comme des moyens de s’enrichir les un(e)s les autres. Bref, que le conflit puisse être accueilli comme un cadeau pour grandir ensemble et – disons-le – apprendre à s’aimer plus encore. C’est là où la résolution du conflit peut entrer dans une 3e étape, affective et spirituelle, en descendant dans les profondeurs jusqu’à une véritable réconciliation les yeux dans les yeux et de cœur à cœur. Des rituels peuvent aider à cela, mais les gestes parleront parfois d’eux-mêmes : un gros hug, une attention particulière, ou des mots de pardon.

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Vérifier ma posture intérieure

Pas mal de méthodes de résolution de conflits existent, notamment avec des tierces personnes formées pour de la régulation interpersonnelle ou de groupe. Quelles qu’elles soient, si on veut aborder la démarche avec authenticité et constructivement, notre posture intérieure fera véritablement la différence. Voici quelques questions qu’on peut se poser pour vérifier cela :

  • Suis-je prêt(e) à accorder du temps à la résolution de ce problème ? Est-ce que ma relation à l’autre ou ce que nous avons à faire ensemble en valent la peine ?
  • Suis-je prêt(e) à accueillir mes propres émotions, à replonger dans un moment douloureux, lié peut-être à des souffrances plus anciennes, à risquer de l’inconfort et qu’il soit visible ?
  • Suis-je prêt(e) à accueillir l’émotion de l’autre, sa colère à mon égard, les jugements qu’il ou elle dira ou que je pourrais deviner derrière les mots ? Est-ce que je peux recevoir cela sans me braquer, avec l’intention profonde de comprendre ce qu’il ou elle vit vis à vis de moi pour en arriver là ?
  • Quelle intention ai-je vis à vis de l’autre ? Est-ce que mon envie de réconciliation ne cacherait pas une exigence d’excuse, un désir de convaincre à tout prix, une tentation de lui déverser ma colère ? Ou ai-je vraiment envie de faire de mon mieux pour le rejoindre ? Suis-je prêt·e à envisager qu’il ou elle reste fâché(e) malgré mes efforts ?
  • Dans tout ce que j’ai envie de dire à l’autre, quelles sont précisément les choses essentielles ? Est-ce que je peux me préparer à ne pas généraliser ou exagérer mes griefs, prendre mes suppositions pour des faits, mes interprétations pour des certitudes, mes blessures pour des attaques délibérées ?
  • Suis-je prêt(e) à me remettre en question, à accepter mes erreurs, mes limites et faiblesses, à voir certains de mes mécanismes de défense ou d’agression, potentiellement violents pour l’autre ?
  • Suis-je prêt(e) à reconnaître devant l’autre ces erreurs, à m’en excuser, à demander pardon le cas échéant, même si l’autre a aussi sa part de responsabilité ? Puis-je l’envisager par avance comme une force et non comme une faiblesse ?

Mais soyons vigilant(e)s à ne pas prendre chacune de ces attentions intérieures comme prétexte pour éviter la confrontation constructive. Le but est de se préparer véritablement, et pas juste de se dire « ah bah non en fait je ne suis pas prête… » et reportez la résolution aux calendes grecques. Parfois, il suffit juste de se relier à l’affection qu’on a pour l’autre pour se lancer.

En arrivant avec une intention claire et bienveillante pour résoudre le conflit, il y a de fortes chances que ma posture intérieure se lise extérieurement, soit rassurante et apaisante pour l’autre et mette toutes les chances de mon côté pour transformer la relation et repartir à zéro ensemble.

Voyons tout de suite un exemple concret d’application

À la Coopérative Oasis, on accompagne les groupes sur les aspects humains, juridiques, financiers, en étant inspirés d’outils divers et de nos expériences nombreuses. Contactez nous si vous voulez en savoir plus. 

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 Pour aller plus loin

Cet article est écrit par Magali Audion, engagée dans la communauté de l’Arche de Saint-Antoine, organisatrice et animatrice de stages à la Fève, formée à la transformation constructive des conflits avec l’ATCC, il constitue une introduction à l’article suivant « 1001 lunettes sur les conflits« .

Voir l’ensemble des formations Fève :  www.feve-nv.com

La communauté de l’Arche de St-Antoine : www.arche-sta.com 

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Daphné Vialan

Daphné Vialan

Daphné Vialan est passionnée par la vie en collectif et le vivre-ensemble. Elle a habité plusieurs années à l’Arche de Saint-Antoine, et habite maintenant au sein d’un collectif en formation au Nord d’Agen.

Elle accompagne des collectifs à prendre soin de leurs relations au sein de la Coopérative Oasis.

Son expérience personnelle, alliée à ses multiples formations (CNV, gouvernance partagée, dynamique de groupe, transformation constructive des conflits, Processwork et Clean Coaching) font de son travail une combinaison unique qui réunit le cœur et la tête.

Ludovic Simon

Ludovic Simon

Citoyen engagé dans la vallée de la Drôme, amoureux des expériences de coopération et de gouvernance partagée, entrepreneur dans sa vie d’avant et auto-constructeur de maison, Ludovic accompagne des projets d’oasis et d’habitat participatif sur les aspects juridiques, financiers et humains.

Après des études en management de l’innovation à Polytech, il a cofondé plusieurs projets coopératifs : une société en gouvernance partagée dans le domaine de l’emploi avec 10 salariés et 2 millions d’utilisateurs inscrits, un tiers lieu de 3000 m² à Nantes (la Cantine), un évènement professionnel qui rassemble plus de 10 000 personnes sur 3 jours…

Il a également accompagner de nombreux porteurs et porteuses de projets, en notamment dans le secteur de l’ESS.

Ramïn Farhangi

CooperativeOasis_Ramin_Village de Pourgues

Ramïn Farhangi est le cofondateur de l’école Dynamique à Paris (2015), réputée pour être une des premières écoles démocratiques en France, où les enfants font ce qu’ils veulent de leurs journées. Il a également cofondé le réseau national de l’éducation démocratique EUDEC France (2016). Il est l’auteur de Pourquoi j’ai créé une école où les enfants font ce qu’ils veulent (Actes Sud, 2018).

En 2017, il fonde l’écovillage de Pourgues, où il facilite des formations sur la vie collective et le leadership puis rejoint l’équipe opérationnelle de la Coopérative Oasis en 2022 comme animateur du réseau des oasis et accompagnant.

Il est également le fondateur de l’association Enfance Libre qui réunit des désobéissants afin de contester la suppression du régime légal de l’Instruction En Famille.

Coralie Darsy

Portrait Coralie Darsy

Après quelques années d’ingénierie dans l’eau et l’environnement, Coralie a été éducatrice Montessori.

En 2021, elle devient bénévole à la Coopérative Oasis pour lancer la Pépinière Oasis, puis rejoint pleinement l’équipe en 2022 pour coordonner les formations.

 

Mathieu Labonne

Ingénieur de l’Isae-SupAéro de formation ayant travaillé au CNRS dans la recherche sur le climat et la gouvernance carbone, Mathieu Labonne a été directeur de l’association Colibris où il a notamment développé le Projet Oasis.

Il est aujourd’hui président et directeur de la Coopérative Oasis, qui réunit des centaines de lieux de vie et d’activités écologiques et collectifs, où l’on expérimente des modes de vie sobres et solidaires au service du vivant.

Il est aussi engagé sur un chemin spirituel au côté de la sainte indienne Amma, dont il coordonne le centre, la Ferme du Plessis, près de Chartres depuis 2011.

Il est également président d’Oasis21, un ensemble de Tiers-Lieux en Île-de-France qu’il a contribué à créer.

Il est à l’origine de l’écohameau du Plessis  dans l’Eure-et-Loir où il réside avec sa famille.