Les oasis font-elles de la politique ? 1/2
Vivre en écolieu, est-ce du greenwashing personnel ?

Vivre en écolieu, en écovillage, en habitat participatif écologique, en tiny house… devient de plus en plus courant. Les oasis perdent ainsi leur image de communautés d’amish radicaux. Elle commencent même à représenter une solution crédible aux défis climatiques, économiques et sociaux, et un idéal de bien-vivre proche de la nature. Le moment est donc venu de se poser la question de la portée politique de la vie en oasis.
Vivre en écolieu, est-ce du greenwashing personnel ? Est-ce une fuite confortable pour personnes privilégiées ? Est-ce une démarche politique ?

Évidemment, la réponse la plus juste, c’est “oui et non” (c’est mon côté normand). Car ça dépend des personnes, ça dépend des lieux, ça dépend de ce que l’on entend par politique. Prenons donc les choses l’une après l’autre.

La vie en oasis n’est pas, pour certain·es, en premier lieu un acte militant

Nombreuses sont les personnes qui se hérissent le poil à l’idée de “militer”. Elles imaginent que militer, c’est forcément “contre”, ou que c’est trop “militant/militaire”, que c’est une forme de combat, et ils en ont assez de lutter, de s’opposer. Je rencontre beaucoup de personnes qui se tournent vers la vie en oasis après avoir milité et s’être épuisés dans des mouvements associatifs ou politiques classiques pendant des années.

Personnellement, ça a été mon premier élan. Je suis allée en oasis car la colère que je ressentais par rapport à la société était trop grande et me rongeait de l’intérieur, et parce que j’étais complètement rincée et déprimée des luttes dans lesquelles je m’étais impliquée.

D’autre part, pour de nombreuses personnes, le déclic pour vivre en oasis n’est pas politique. Il est souvent lié à une prise de conscience personnelle liée à une recherche d’amélioration de leur vie, de leur confort, de leur vie sociale en cohérence avec des convictions écologiques et éthiques.

Vivre en oasis, c’est avant tout un acte du quotidien, un gros acte du quotidien, mais un acte qu’on ne range pas habituellement dans la catégorie “action politique”, et pourtant, il est politique. C’est également ce que souligne Myriam Bahaffou dans son livre sur l’écoféminisme Des paillettes sur le compost : nos corps et notre quotidien sont politiques. C’est tentant de partir dans des grandes théories et des grandes idées pour défendre nos convictions mais l’écoféminisme, c’est justement peut-être arrêter les discours surplombants la réalité et embrasser nos quotidiens pour les transformer.

Certains critiquent les actes du quotidien, les « petits gestes » ou « écogestes » qui renversent la responsabilité sur les individus au lieu de changer le système. Sauf que :

Vivre en écolieu, c’est un « petit geste » tellement énorme qu’il renverse la dynamique.

Bref, comment vivre en oasis pourrait ne pas être un acte politique puisqu’il s’agit de reprendre du pouvoir sur sa vie en changeant les règles du vivre-ensemble métro-boulot-conso ? Vivre en oasis c’est a minima une désertion : c’est bien souvent déserter les supermarchés, déserter la métropole et même déserter son bullshit job. Et déserter, si ça n’est pas un acte politique, qu’est-ce que c’est ?

Source : charliechaplin.com

Les oasis et les luttes sont en lien permanent

Les oasis sont aujourd’hui souvent des espaces de ressources, de ressourcement et d’approfondissement pour les luttes.

Nombreuses sont les oasis qui accueillent des formations à la désobéissance civile, qui sont des étapes sur le chemin d’Alternatiba, qui accueillent des stages en lien avec l’écopsychologie, ou encore des groupes militants qui ont besoin d’un endroit pour un événement.

Les oasis sont des lieux de ressourcement pour les personnes qui ont une vie engagée plus nomades, ou qui consacrent l’essentiel de leur temps dans les luttes. Les oasis sont pour ces personnes des espaces où elles peuvent venir prendre un temps de respiration, un endroit où reprendre des forces, à moindre frais et en cohérence, notamment grâce aux accueils solidaires qui y sont faits, et aux participations en conscience que certaines proposent.

Je pense par exemple à la communauté de la Ferme de la Chaux, Goshen, qui accueille beaucoup de personnes engagées dans des luttes, dans le courant anarcho-libertaire, et qui soutient par sa présence, son écoute et son accueil inconditionnel, le monde militant.

Je pense également au Moulin Bleu qui accueille à prix libre des groupes militants pour des séjours, des formations, des réunions et leur offre un cadre de travail, un temps de pause précieux.

Nombreux sont aussi les habitants et habitantes d’oasis qui s’engagent dans des luttes, que ce soit des luttes sur les domaines de l’écologie, du féminisme, ou des luttes locales. Les personnes qui vivent en oasis ne sont pas dans une bulle et prennent aussi leur place, en tant qu’individus ou parfois en tant que groupe, dans des luttes locales ou nationales, voire internationales.

Les oasis, un laboratoire pour le monde politique de demain

Plus encore, la vie en oasis est un laboratoire politique. Les oasis sont des lieux d’expérimentation démocratique : comment est partagé et réparti le pouvoir ? Comment sont gérés les conflits, les désaccords ? Comment les règles sont-elles édictées, comment les transgressions à la règle sont-elles vécues ? Quel système de justice est mis en place ?

Les oasis sont des laboratoires sur de nouveaux modèles économiques : comment créer un écosystème résilient et économiquement viable ? Comment les échanges se quantifient-ils ? Quel rapport à la propriété individuelle et collective ? Quel rapport au commun et aux communs ? Plus encore, les oasis repensent la notion même de travail en inventant au-delà de la dichotomie bénévolat/salariat.

Et les exemples peuvent se multiplier. Depuis des années la Coopérative Oasis donne à voir ces petits laboratoires citoyens, qui renouent avec des savoirs oubliés ou innovent concrètement et au quotidien dans de nombreux domaines : éducation, construction, alimentation, énergie, santé, vivre-ensemble… Avec toutes les résistances que cela peut créer à l’intérieur de chacun et chacune, évidemment !

Les oasis ne sont pas parfaites, loin de là !

Néanmoins, je pense qu’il est grand temps que les oasis reprennent la politique en main.

Si, au début du mouvement des oasis, certaines ont pu ressentir le besoin de sortir d’une niche radicale, d’estomper un peu sa nuance engagée et politique, pour attirer le plus possible, pour être rejoint. Maintenant que le mouvement des oasis et des habitats participatifs compte au moins 1200 lieux en France dans lesquelles vivent plus de 15 000 personnes, on peut se permettre de lever la tête et de dire “Regardez, on n’est pas anecdotiques, on n’est pas un petit rien, et on est là pour durer”.

Je crois qu’aujourd’hui, notre mouvement a une certaine maturité et peut, et doit, porter un discours plus directement politique.

Et vous, vous en pensez quoi de tout ça ? Laissez votre commentaire…
Daphné Vialan est accompagnatrice à la Coopérative Oasis sur les questions humaines et le vivre-ensemble. Si votre groupe est touché par ces sujets, vous pouvez vous faire accompagner.

Pour aller plus loin

Les oasis sont-elles les nouvelles forteresses des privilégié·es ?

Encore plus de conseils pour celles et ceux qui vivent ou souhaitent vivre oasis dans le livre Vivre ensemble en écolieu écrit par Daphné Vialan, accompagnatrice à la Coopérative Oasis sur le volet humain.

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21 réponses

  1. Le monde est une gigantesque interdépendance. Les questions économiques (comptables donc), dirigent les choix que nous faisons et surtout que les entreprises font en produisant. Cette production a lieu dans le cadre d’une compétition. La compétition économique reste donc le moteur principal des choix de production, et la société hiérarchisée fait aussi que les gens consomment en fonction de leur richesse très variable.

    La seule manière de ne plus polluer est de sortir d’une société de compétition et de commerce pour une société qui répond aux besoins sociaux en premier lieu.

    Cela passe par une nouvelle interdépendance qui libère les individus de la nécessité d’alimenter la première par le travail économique (le fait d’être salarié ou de diriger sa propre entreprise).

    Cela passe par diviser le temps de travail économique par deux et utiliser le reste du temps pour poser les bases de la nouvelle intérdépendance, pour la rendre accessible à tout le monde. Ce n’est donc pas une question de vie personnelle mais de vies personnelles au service des besoins sociaux de tous. Chez nous on appelle ça la Provision Commune. Elle est expérimentée depuis des années dans la Coopération Intégrale du Haut Berry. Ce n’est qu’une partie de la réponse. Le reste de la réponse va aussi dans le sens de se réapproprier les choix dans la première interdépendance. Cela passe par un rapport de force politique et syndical.

    1. Bonjour, et merci pour ton message et cette idée d’interdépendance que tu amènes, mais aussi l’idée de rapport de force politique et syndical, ça ouvre plein de questions et reflexions ! Je ne connais pas la Coopérative Intégrale du Haut Berry, est-ce qu’on pourrait se rencontrer ou échanger ? Je suis curieuse de savoir comment vous adressez ces questions.

  2. Bravo, Daphné, je suis 100 % d’accord.
    « Révolution bien ordonnée commence par soi-même » disait Lanza del Vasto
    « et se termine par l’exercice du pouvoir politique » poursuivait Jean-Marie Muller.
    Entre les deux, les Oasis sont des lieux de vie et d’action, d’abord territoriale, avec une vraie dimension politique, si on définit la politique comme la gestion de la cité en vue du bien commun avec une vision de long terme.
    Etienne Godinot, qui vous souhaite bonne année, à Tchandra et à toi.

    1. Oh merci de citer Lanza, ça fait toujours plaisir ! Quelle belle citation, complétée par JM Muller !
      Bonne année à toi aussi, de notre part à tchandra et moi, et j’espère à bientot!

  3. Souvenez vous l’étude sociologique qui révéla l’existence des créatifs culturels….d’abord aux USA puis dans plusieurs pays d’Europe quelques années plus tard (vers 2005) dont la France (voir livre sur le sujet aux éditions Yves Michel). Cette étude (là il s’agit de celle faite en France) sur l’ensemble de la société était intéressante à plusieurs titres : tout d’abord elle distinguait cinq groupes …et si on regardait la photographie politique…ça collait pas ! et vingt ans plus tard ça continue ! Dans les oasis je vois des plutôt LFI, plutôt EELV, plutôt anarcho-green, ou anarcho-féministe, mais c’est toujours à peu près. En faite il me semble que la mouvance des écho-village n’est pas représentée, et pourtant il y a bien ce côté un peu collapso, lowtech, permaculture qui correspond bien à une signature politique… en tout cas un courant qui permettrait de pousser le bouchon du débat public un peu plus loin sur certains sujet un peu poussifs tout de même (éducation…décroissance, défense du vivant etc…

    1. Waw, merci pour cette analyse sociologique, en effet, je pense que le public qui vit en oasis a quelque chose à apporter au débat public qui reste encore très peu entendu. Tu as une idée de comment porter cette voix ?

  4. Merci Daphné pour cet éclairage.
    Oui pour moi notre vie en oasis est hautement politique en tant que nouveaux modèles pour habiter la planète, plus en respect de la nature et des hommes.
    Et oui, nous créons la dissidence et « faisons de la politique »en ayant d’abord individuellement pris de la distance et en accueillant très largement celleux qui se posent des questions.
    Mais comment « porter un discours plus politique » (je comprends s’inscrire dans les mouvements politiques) alors que la majorité d’entre nous a été bien rincée de ces luttes et ne croit plus à cette mascarade ? Belle question pour un prochain festival !

    1. J’adore cette question ! En effet, personnellement, j’ai envie de faire de la politique, ça me passionne, mais je n’ai absolument pas envie de rentrer dans le système de partis ou même dans la course aux élections… On a quelque chose à réinventer et je trouve ça passionnant 🙂 Faut qu’on en cause la prochaine fois qu’on se voit !

  5. Merci pour cet article dans lequel je me retrouve complètement.
    Une question mériterais d’être traitée : comment rendre cet politisation visible ? Je crois que certain-e-s « militant-e-s » nous considèrent un peu comme des déserteurs des luttes.

    1. C’est vrai que certains jugent que la vie en oasis est une désertion des luttes, et d’un certain côté, est-ce que ça ne serait pas aussi vrai ? Je pense qu’il faut rendre visible l’aspect politique des oasis, tout en acceptant qu’on est aussi moins dans certaines luttes, et en recréant des ponts avec certaines de ces luttes. Je ne sais pas, qu’est-ce que tu en penses ?

  6. Merci Daphné pour cette synthèse très brillante (au sens intelligente, mais aussi qui rayonne et donne envie) ! J’ajouterais la réflexion particulière de « quitter la ville » qui en soi est vécue parfois comme un désengagement politique car c’est en ville que vivent la plupart des plus pauvres, des exilés, des exclus. Moi-même j’ai pu ressentir un renoncement à une certaine mixité sociale en m’installant dans mon Oasis, presque une trahison. Il y a un discours particulier à adresser de la part des Oasis aux militants des villes et des articulations très fortes pour faire alliance car le futur nous demandera je pense beaucoup de solidarité vis à vis de ces populations hyperdépendantes du système…

    1. Merci Mag ! Tout à fait d’accord avec toi, il faut qu’on avance sur ces questions de mixité sociale, de diversité. J’ai l’intuition que c’est à nous de faire le pas vers les « militants des villes » comme tu dis, en acceptant la remise en cause et en nous mettant en marche pour transformer ce qu’on peut. C’est vraiment un sujet qui me tient beaucoup à coeur en ce moment, je pense (et j’espère) qu’on aura l’occasion d’en reparler ensemble.

  7. Ouuui, merci Daphné ! D’ailleurs, j’en profite pour te remercier pour ton courage à avoir fait, au dernier festival Oasis, les 10mn de « discours », qui m’ont beaucoup touchée!
    Et je voulais aussi, en continuation avec ce que dit le dernier commentaire, écrire que certains nous disent que vivre en oasis, c’était se voiler la face, que tout le monde ne pourrait pas le faire, et qu’il n’y a pas la place pour tout le monde dans une oasis (mixité sociale? différences? etc.)
    Enfin, voilà, ce n’est pas que je suis d’accord avec ça, mais c’est encore en grande réflexion chez moi… Je ne sais pas quoi en penser et ça me frustre un peu d’entendre ça… Alors je le pose ici.

    1. Oh, merci, ça me touche. C’était un petit challenge de prendre la parole comme ça devant tout le monde, je suis heureuse de savoir que ça t’a parlé.
      Moi aussi, je suis touchée par les commentaires sur le fait que vivre en oasis, c’est une fuite, ou que les oasis manquent de mixité sociale. Je pense que ce sont des vrais sujets, et j’aimerais bien les aborder par la suite. Je pense qu’en oasis, on fait de la politique, on n’est pas parfaits, et on continue d’avancer, de se transformer, et ces remises en cause sont là pour nous aider à avancer.

  8. Bravo Daphné,
    Je suis entièrement d’accord avec tes propos. C’est d’ailleurs le cas de notre oasis Le Chêne Doré dont une partie de la raison d’être est de vivre l’Ethicratie ou Démocratie Éthique.

  9. Très intéressant cet article Daphné, merci 🥰
    Je pense que l engagement dans un écovillage, oasis, est de clairement un acte politique:
    -organisation-gestion d un groupe d humains qui font société
    -pratiques autour du pouvoir avec la mise en place d une structure normalement réfléchie, système d élection, gouvernance…

    Il y a tellement d exemples. La notion de choix et d engagement amènent à se positionner, à quitter, investir son temps, arrêter, entreprendre, consommacter…

    Je pars vers une réunion du GEN (réseau européen des ecovillages), je poserai la question tiens! Haha! Ça servira de brise glace 😉

    1. Merci Guillaume pour ton apport. Je suis bien d’accord avec toi, et j’aimerais bien détailler tout ca dans une série d’articles ou un podcast. Si jamais tu as des retours du GEN, je suis bien curieuse ! Bonne réunion et à bientôt

  10. Certains lieux collectifs d’Oasis sont peut-être politique, mais « l’entreprise » Oasis, elle ne l’est pas. Quand on regarde le prix des formations proposées, l’accessibilité, l’inclusivité, toute la publicité de faite, toutes les formations de développement personnel individualisantes,… Oasis est loin de sortir du capitalisme.

    1. Bonjour,
      Merci pour ton retour. J’entends que tu penses que « l’entreprise » Oasis n’est pas politique. J’aimerais juste clarifier que, juridiquement, cette entreprise est une SCIC (société coopérative d’intérêt collectif), à but non lucratif. C’est dans les statuts de la SCIC que nous ne pouvons pas faire de profit, reverser de dividendes à des actionnaires. Alors, oui, nous proposons des activités payantes et nous rémunérons une équipe salariée, mais nous ne faisons pas de profit, et les dernières années, la Coopérative finit presque toujours à l’équilibre et ne génère pas un résultat mirobolant, loin de là.
      Nous proposons des formations payantes, oui, et nous faisons également énormément de travail au service du réseau des écolieux, (dont nous faisons partie, nous ne sommes pas des personnes extérieures qui essaient d’en tirer profit), pour lequel nous ne sommes pas rémunérés : qu’il s’agisse d’orienter les nouvelles personnes dans le réseau, leur indiquer les lieux près de chez eux, d’organiser des rencontres entre lieux, de collecter de l’épargne citoyenne que nous prêtons au lieux avec un taux ridiculement bas, ou de faire connaître le monde des écolieux par des articles ou des vidéos, pour qu’il prenne sa place dans la société et soit mieux accepté. Nous faisons aussi du soutien aux lieux face aux collectivités territoriales en créant des documents pour parler de ce qu’est une oasis.
      Enfin, nous faisons des travaux de recherche sur les oasis, pour continuer à faire connaître ce qui se fait en oasis, et pour cela également, nous ne sommes pas directement rémunérés. Une bonne partie de ce que nous faisons à la Coopérative Oasis n’est pas dans une logique de rentabilité ou de profit, loin de là.
      Nous faisons vivre un centre de ressources gratuites, sur un wiki que nous avons mis en place, et nous entretenons avec Habitat Participatif France la carte des oasis, ce qui est aussi un énorme travail.
      Quant aux formations que nous proposons, une bonne partie de l’argent que les personnes paient revient directement aux oasis, qui accueillent ces personnes. Nous proposons un Mooc avec 10 modules composés de 70 vidéos et 40 intervenants issus de plus de 30 oasis différentes qui nous a demandé des heures et des heures de travail pour seulement 120€.
      Alors oui, comme tu le dis, la Coopérative Oasis est loin de sortir du capitalisme parce qu’on vit dans une société capitaliste, et que nous nous cherchons des moyens de nous rémunérer pour tout le travail que nous faisons au service du réseau, mais j’aimerais clarifier que ce ne sont pas ces valeurs là qui nous animent.

  11. Merci, Daphné, d’avoir lancé cette réflexion essentielle sur le/la politique

    Oui, entrer dans une Oasis c’est être amené à pratiquer, au niveau personnel et du groupe d’habitants, de nombreux axes classiqus de la vie politique : comprendre les intérêts divergents en présence, faire avec la diversité des points de vue, préciser des valeurs et des actions communes, pratiquer la décision collective …
    Bien que la construction d’un groupe de futurs habitants constitue un processus de sélection autour de certaines valeurs, il reste bien des différences entre les projets personnels, souvent liés aux histoires et aux blessures de chacun-e. D’où la présence d’une diversité indéniable. Dire que la diversité est une richesse invisibilise un chemin peu facile pour chacun-e : accueillir en soi la diversité et ce qu’elle déclenche en nous, puis savoir quoi en faire.

    Oui, comme tu l’écris, les oasis sont souvent ouvertes aux luttes existantes

    Mais habiter une oasis, c’est habiter aussi un territoire. C’est planter ses propres racines, individuellement et collectivement dans un lieu de vie, une histoire, une sociologie, une vie relationnelle locale avec ses couleurs particulières, ses rapports de forces entre intérêts et visées vers l’avenir. Dans quelle mesure l’oasis qui arrive va s’inscrire dans le réel existant, ou désirer et pouvoir le faire bouger ? Il est alors assez vite amené à entrer dans la politique locale.
    Dans notre expérience (celle de Geckologis// Gard), il nous est aussi rapidement paru nécessaire de distinguer le niveau très local (nous nous sommes implantés dans un village de 650 habitants) et le niveau du bassin de vie, autour de la ville-centre du coin (Uzès – environ 10.000 habitants).
    Au premier niveau, les questions se traitent avec des moyens restreints : la récupération des eaux de pluie ou le compostage en balance avec la création de nouvelles places de parking dans la centre-village, enjeux plus importants qu’il n’y paraît soulevés par la mutation climatique, gérés par une liste d’élus municipaux d’orientation politique diversifiée.
    Au second, des aménagements plus lourds (piscine, zone commerciale…), également sur forte contrainte budgétaire, mais avec des références partidaires plus marquées. Et des associations citoyennes plus étoffées.
    Si l’oasis est le lieu d’une première pratique « politique », c’est aux deux niveaux que je viens de distinguer qu’elle s’exerce véritablement. Mais il y a bien continuité entre les trois !
    Au plaisir de pousser plus avant la réflexion !!

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Daphné Vialan

Daphné Vialan

Daphné Vialan est passionnée par la vie en collectif et le vivre-ensemble. Elle a habité plusieurs années à l’Arche de Saint-Antoine, et habite maintenant au sein d’un collectif en formation au Nord d’Agen.

Elle accompagne des collectifs à prendre soin de leurs relations au sein de la Coopérative Oasis.

Son expérience personnelle, alliée à ses multiples formations (CNV, gouvernance partagée, dynamique de groupe, transformation constructive des conflits, Processwork et Clean Coaching) font de son travail une combinaison unique qui réunit le cœur et la tête.

Ludovic Simon

Ludovic Simon

Ludovic habite à Saillans, dans la belle vallée de la Drôme, au sein d’un écohameau où il a autoconstruit sa propre maison en ossature bois.

Passionné par les dynamiques de coopération et de gouvernance partagée, il est investi dans différents projets collectifs dont l’école Montessori « Que la Joie Demeure » qu’il a présidé pendant 6 ans.

Entrepreneur dans sa vie d’avant, il a cofondé plusieurs initiatives coopératives et associatives, dont une entreprise en gouvernance partagée dans le domaine de l’emploi (8 salariés) et un tiers-lieu de 3000 m² à Nantes (La Cantine).

Il a accompagné plus de 100 écolieux en projets ou existants depuis 2021.

Ramïn Farhangi

CooperativeOasis_Ramin_Village de Pourgues

Après une première expérience comme consultant en stratégie auprès de directions générales, Ramïn s’est tourné vers l’éducation pour agir sur les enjeux sociétaux à la racine.

Il a d’abord enseigné au collège et au lycée, avant de fonder une école Dynamique à Paris en 2015 puis l’écovillage de Pourgues en Ariège en 2017. Cette expérience l’a conduit à transmettre et accompagner d’autres collectifs.

Depuis 2018, il a formé plus de 250 personnes et accompagné plusieurs projets sur les questions de raison d’être, gouvernance, organisation et transformation des conflits.

Coralie Darsy

Portrait Coralie Darsy

Après quelques années d’ingénierie dans l’eau et l’environnement, Coralie a été éducatrice Montessori.

En 2021, elle devient bénévole à la Coopérative Oasis pour lancer la Pépinière Oasis, puis rejoint pleinement l’équipe en 2022 pour coordonner les formations.

 

Mathieu Labonne

Mathieu a été chercheur sur les changements climatiques puis consultant en gouvernance carbone avant de diriger l’association Colibris de 2014 à 2020, où il a initié et coordonné le projet Oasis. Il a alors co-fondé la Coopérative Oasis dont il est président directeur général.

Mathieu est également impliqué dans plusieurs lieux : coordinateur du Centre Amma/la Ferme du Plessis, fondateur et représentant légal de l’écohameau du Plessis et fondateur et ancien président de la coopérative CitéCoop qui gère plusieurs tiers-lieux à Paris.

Au fil des années, il a contribué à l’émergence de plus d’une centaine d’oasis et développé une connaissance approfondie des différents modèles, juridiques comme humains.

Mathieu est un accompagnateur hors pair pour aider à la structuration et au développement de projets collectifs.