En 2020, j’ai quitté la communauté de l’Arche de Saint-Antoine (Isère), après y avoir vécu 6 ans.
J’ai rencontré l’Arche à 28 ans, et je suis rentrée dans la communauté comme on tomberait en amour, dans un immense coup de foudre. J’ai tout de suite aimé cette vie, et m’y suis rapidement sentie comme un poisson dans l’eau. Ça a été comme une évidence, et je me suis investie à fond, la tête dans le guidon pendant tout le temps que j’y ai passé.
Au bout de six ans, mon mari a eu besoin de partir de la communauté, et j’ai choisi de partir avec lui. Ce choix a été une évidence, et pourtant, il m’a brisé le cœur d’une certaine manière.
Avec un peu plus d’une année de recul, j’ai l’élan de partager ce que quitter cette oasis m’a appris.
1/ J’ai compris pourquoi c’était si important pour moi de vivre en communauté
En quittant la communauté, j’ai d’abord imaginé que je trahissais le projet en le quittant, je me suis sentie sur-responsable, en ayant peur que ça ne marche plus sans moi (héhé), et j’ai ressenti un intense sentiment d’abandon, d’exclusion. La communauté continue sans moi, il se passe des choses sans moi.
Quoi ? La vie continue sans moi !?
Mais surtout, le plus dur a été la sensation que quitter la communauté me faisait perdre le sens de ma vie. Comme si j’avais cette croyance que ma vie ne vaut la peine que si elle est partagée avec d’autres, que si je m’implique dans un projet qui me dépasse. Or, en quittant le groupe, j’ai finalement pu sentir que la vie a du sens par elle-même.
Aujourd’hui, je sais que ma vie a du sens en dehors du collectif, et je me sens d’autant plus forte pour retourner en collectif, sans faire peser sur le groupe mon besoin de sens. Ma vie tient debout seule. Je suis du coup plus libre dans mon investissement dans le groupe.
De la même manière, j’ai découvert combien la communauté m’aidait à réparer une blessure d’enfant : j’ai grandi dans une famille assez peu soudée. Et dans la communauté, j’essaie de guérir la petite fille que j’ai été qui n’a pas connu ce sentiment d’unité dans ma famille. C’est finalement cette blessure qui crée aussi ma force : je suis attentive à l’unité du groupe et elle compte énormément pour moi. Cependant cette force se nourrit de cette blessure, et si je n’en prends pas garde, cela peut devenir disproportionné.
Bref, quitter la communauté m’a ouvert les yeux sur des motivations profondes à vivre en communauté, motivations qui m’empêchaient d’avoir une posture ajustée dans le groupe, et qui agissaient dans l’ombre.
Ces motivations, tant qu’elles agissaient dans l’ombre, me rendaient dépendantes du groupe. Ce sont ce genre de motivations qui peuvent amener à se rapetisser pour se faire accepter, à accepter des choses qui ne sont pas acceptables pour mon intégrité, pour être aimée, pour continuer à faire partie du groupe.
Je ne suis pas arrivée au bout de ces motivations, bien sûr, y arrive-t-on jamais ? Mais c’est déjà une bonne grosse pelure d’oignon qui s’enlève ici.
2/ J’ai gagné en humilité et en confiance en moi
En quittant la communauté, j’ai senti combien reste vibrant en moi mon envie de contribuer au changement, et à mettre plus d’amour dans ce monde. Et une partie de moi pensait que cette recherche, je ne pouvais la vivre à fond que dans la vie collective.
Or, aujourd’hui, je me sens plus indépendante dans cette recherche : je peux contribuer au changement de ce monde, en l’aimant et en aidant à faire rayonner l’amour entre nous, en communauté ou pas. J’ai ouvert les yeux sur mon image toute rigidifiée du monde en dehors des oasis : j’ai découvert les liens de voisinage, les associations, la joie des événements locaux.
Et finalement, si c’est en collectif que j’ai envie de vivre ma recherche, c’est parce que c’est plus facile de le vivre en collectif. Moi qui me voyais vivant en collectif comme une pionnière du nouveau monde qui dépasse les obstacles, qui est à la frontière des difficultés auxquelles le genre humain doit faire face, j’ai aujourd’hui beaucoup plus d’humilité.
Honnêtement, mes valeurs profondes sont beaucoup plus difficiles à faire vivre et à rendre vibrantes en dehors du monde des oasis. C’est un vrai défi que de réussir aussi à les faire vivre hors des écolieux.
Et pourtant, je le peux. Je ne suis pas dépendante des circonstances extérieures pour contribuer au changement. Et mon milieu ne détermine pas qui je suis. Je me sens beaucoup plus auto-déterminée, là où auparavant j’avais un petit côté caméléon et me reposais sur le groupe pour m’aider à sentir ce qui est juste de faire, de dire, d’être.
Et finalement, ma recherche, d’œuvrer au changement dans le monde, elle m’est personnelle, et je peux la vivre n’importe où, en gardant un esprit ouvert.
Dans ce mouvement des oasis qui se propage et connaît aujourd’hui un grand essor, je pense que nous avons à penser cette articulation entre être dans un projet et en sortir, car sur le temps long, les projets vont naître et mourir, les gens vont y participer, puis en sortir, la vie est faite de respirations, d’inspirations et d’expirations. Apprenons à apprécier chaque étape, et à leur donner un sens dans notre apprentissage collectif.
Car nos vies et nos cheminements se nourrissent d’allers et retours entre moi et le groupe.
Comme on le dit souvent, les oasis, ce n’est pas forcément pour tout le monde, et ce n’est pas non plus pour tout le temps, la vie est faite de phases.
Et vous, comment vivez- vous le lien entre le dedans et le dehors en oasis, dans votre cheminement personnel ?
